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paroisse saint léon

  • Bien croire I (d'après Rémi Brague.)

    rémi brague,dieu des chrétiens,saint irénée de lyonEN ATTENDANT LA PENTECOTE

    "Il faut avoir une pensée de derrière, et juger de tout par là, en parlant cependant comme le peuple" (Pascal, Pensée 125, Sellier).

    Et non le contraire - avoir une pensée de devant, populiste, basse, pulsionnelle, et parler cependant comme un intello. User de la langue de la tribu au mode hermétique, exprimer les bas instincts du sous-prolétariat via un langage apparemment élitiste, pratiquer, en quelque sorte, une sorte de spirituel anal, telle est la mauvaise parole - celle de Hitler et de Mussolini, naguère, ou celle de Tarik Ramadan et autres savants islamistes, aujourd'hui, celle,  de manière générale, de tous les imposteurs à grande gueule ou des cuistres à petite bite, sans oublier les sophistes brouilleurs de sens que Brague appelle dans son dernier livre les gens de la "mikropsukhia", les "micropsychiques" ou "humbles vicieux".  Face au Logos dégénéré, le peuple n'y voit alors que du feu. C'est que si le peuple peut avoir raison, il ne voit jamais le principe de cette raison, et donc peut se détourner de celle-ci aussi vite qu'il l'avait entraperçue. Pascal, encore :

    « Le peuple est vain, quoique ses opinions soient saines, parce qu'il n'en sent pas la vérité où elle est et que, la mettant là où elle n'est pas, ses opinions sont toujours très fausses et très mal saines. » (127)

    Mais ce n'est pas du peuple que l'on voulait causer aujourd'hui, mais de Dieu.

    Dieu méconnu autant par ceux qui ne l'aiment pas que par ceux qui l'aiment.

    Dieu - avec qui certains veulent en finir, tel Richard Dawkins, prototype du scientifique intégriste, qui, oubliant que la science ne pense pas, se met à penser, lui, et commet un catastrophique Pour en finir avec Dieu (Robert Laffont) où il est dit sans rire que Dieu est la racine du mal, que sans Lui, il n'y aurait ni guerre, ni famine, ni tremblements de terre, que l'on baiserait mieux et que la nature humaine apparaîtrait dans sa candeur originelle et son paganisme bon enfant. Dommage que le XX ème siècle avec son nazisme païen et son communisme athée aient prouvé que l’on peut fort bien se passer de Dieu pour faire le pire du mal.

    Dieu - avec qui d'autres ne veulent jamais commencer, tel Jean Ferniot qui, dans Vivre avec ou sans Dieu (Grasset), se demande ce que c'est que ce Dieu qui ne nous demande rien (car Dieu ne nous demande rien, on le répètera souvent dans ce post), qui nous laisse pourrir dans notre misère, le salaud,  et qui, en élisant le peuple juif, a forcé tous les autres à être antisémites.

    Dieu qu'on ne demanderait pas mieux d'aimer s'Il était un peu plus humain... Mais les Croisades,  l'Inquisition, sans parler des Magdeleine Sisters, c'était affreux, ma bonne dame. Alors que le catharisme, ça le faisait !

    Dieu mal aimé, mal compris, mal invoqué par ses sectateurs, c'est le sujet de Du Dieu des chrétiens et d'un ou deux autres (Flammarion), le dernier livre de Rémi Brague, ce spécialiste de la philosophie arabe et des religions européennes, qui officie à la Sorbonne et à l'université de Munich, et ne déteste pas remettre les pendules à l'heure, comme par exemple sur la différence entre interprétation chrétienne et interprétation musulmane, ni corriger quelques mauvais élèves.

     

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    I - Particularisation.

    Et en premier lieu, faire la peau à un préjugé tenace, celui de la supériorité d'un dieu général sur un dieu particulier. On en rencontre tous les jours, ces zozos qui se croient malins en prétendant que s’ils rejettent les dieux des religions, c’est-à-dire des représentations, ils admettent bien volontiers qu’il y ait « une entité supérieure » qui pourrait leur convenir. Dès la première page de son ouvrage, Rémi Brague fulmine contre cette manie très contemporaine de faire dans le déisme diffus - "un dieu pour tous", qui ne serait altéré par aucune religion (surtout la nôtre !) ; un dieu qui serait fait à notre image de citoyen du monde ; un dieu cool, sympa, qui annoncerait les trente-cinq heures et le mariage homosexuel. Ce dieu-là, en vérité, nous mettrait encore plus à feu et à sang que l'Autre. Car si nous devons compter sur quelqu'un comme nous pour nous aimer les uns les autres, cela donne l'Histoire sans miséricorde.

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    C’est quoi, d’abord, cette prétention à se passer de représentation ? Nous sommes humains, nous avons donc besoin de réalité humaine, sociale, psychologique, mondaine ! Nous avons besoin que Dieu parle notre langue et s’habille comme nous - et non parce qu'Il vient de nous que parce qu'Il vient à nous. La nuance est de taille. Que Dieu soit façonné à notre image n’empêche pas du tout que nous soyons façonnés à la Sienne. Certes, juifs et musulmans ont comme interdit majeur celui de la représentation, mais celui-ci est un commandement qui vient de Dieu, non un accommodement que les fanatiques de "l'entité supérieure" veulent imposer. Que Dieu ait de multiples apparences, en fonction de nos cultures, n’altère pas du tout l’idée qu’Il soit unique. C'est même comme cela que ça marche. Dieu est unique et pluriel. Dieu est le Très Haut que nous, pauvres humaines, sommes obligés de percevoir et de louer d’en bas et avec nos très modestes moyens. Nous qui sommes finis ne pouvons faire autre chose que de célébrer l'infini depuis notre finitude. Le Christ le savait mieux que quiconque - la preuve, il confia ses clefs et sa bonne nouvelle à des gens aussi faillibles que Pierre et Paul.

     

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    La vérité est que Dieu ne vaut comme Dieu que particularisé, c’est-à-dire dialectisé, incarné, dans son rapport avec l’homme. Pascal a tout dit là-dessus : « Plus on particularise Dieu, Jésus-Christ, l’Eglise… » (446). Plus on particularise Dieu, plus on Le célèbre, plus on Le cléricalise, plus on Le fait rentrer dans nos vies. En rester à l’idée d’un « dieu général » ou à celle d'une force supraterrestre, qui se passe d'Eglise et de représentation, relève d'un mauvais paganisme et révèle une pauvreté de pensée dont l'orgueil risque de ne pas être remis au jugement dernier. L'arrogance de celui qui prétend croire en un dieu qui ne serait ni chrétien, ni juif, ni musulman, et qui en forge un à son image. Car lui, voyez-vous, n'a rien à voir avec l'humanité traditionnelle, lui, n'est-ce pas, n'est ni traditionnel, ni humain. Il est post-humain, surhumain, transhumain, tout ce que l'on voudra, mais pas chrétien, pas judéochrétien, ça, jamais ! 

     

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    La vérité est que plus on croit en Dieu, plus on en fait une réalité historique, sociale et esthétique. Plus on est sensible à « l’esprit » divin, plus on perçoit son corps. Plus on s'abîme en Dieu, plus on L'individualise, et plus on L'individualise, plus on l'universalise. Du ciel à mon coeur et de mon coeur à l'église de mon quartier, Dieu fait son vrai chemin. Mais sur « l’entité supérieure » qui Le dessert et nous perd, pitié...

     

    II - Monothéismes.

     

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    Autre credo de la doxa, l’idée hautement répandue et si fausse que judaïsme, christianisme et islam seraient, en tant que « monothéismes » fondés par le même Abraham, appelés à se comprendre, à s’accepter et à se mouler dans une sorte de syncrétisme supérieur et sympathique. Pour Brague, cette observation purement extérieure ne tient pas compte du fait que, d’une part, le terme de monothéisme vient du dehors et non du dedans des religions (profitons-en, au passage, pour en finir avec le très mauvais argument rhétorique de Lévi-Strauss selon lequel on observe mieux les choses de l’extérieur), qu'il est donc une dénomination souvent artificielle, pratique seulement pour "classer", et que, d’autre part, il n’y en a pas que trois, de monothéisme : ainsi le culte rendu par les égyptiens antiques à Aton, sorte de dieu mono-solaire de lui-même et annoncé par Akhenaton. 

    De plus, le monothéisme, pas plus que le polythéisme, n'est essentiellement religieux. On peut en effet être déiste sans être religieux (cas de certains philosophes des Lumières), comme d’ailleurs on peut être religieux sans croire au divin (cas du Bouddhisme – car, et on ne le répètera jamais assez, contrairement à ce que tout le monde dit partout, le bouddhisme, avec ses temples, ses moines et ses moulins à prières, est bien une religion et non une « philosophie »). On peut même croire au divin sans avoir recours aux dieux - comme c'est le cas, par exemple, chez les Grecs, où ce qui est divin, ce n’est pas tant les dieux que le Destin (Moïra) auquel les hommes comme les dieux sont soumis. Bref, divin, dieux, religion, ne sont pas des concepts interchangeables.

     

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    Par ailleurs, la vraie question n’est pas tant l’unité de Dieu que son mode d’unité. Dieu est sans doute un, mais l’on ne peut en rester là… par amour pour Lui. Car un dieu défini simplement par rapport à son unité finirait par être subordonné à la classe des unités, et à la fin, ce serait moins Dieu que l’on adorerait que l’Unique, l’Un, le premier, le nombre premier, le chiffre magique, etc., ce qui ferait alors de la théologie une sorte de numérologie sacrée. Non, ce qui importe, ce n'est pas que Dieu soit un et unique (il n'est pas plus unique que d'autres...!), c'est le rapport que cette unité et cette unicité entretiennent avec nous. Et ici, tout le monde se retrouvera, il y a trois modes d'unicité :

     

    1/ Dieu peut être un en fonction d’un peuple dont il assure l’élection et le salut ; c’est un dieu qui s’inscrit dans une histoire précise  à travers une nation choisie (JUDAISME).

     

    2/ Mais Dieu peut tout aussi bien être un en se déployant en trois personnes qui correspondent aux trois hypostases de son Amour pour les hommes (CHRISTIANISME). Comme le précise Brague, et contre, encore une fois, la rumeur, la Trinité n’est pas une manière d’atténuer la rigueur du monothéisme mais bien au contraire une manière de la renforcer jusqu’au bout. La Trinité n'est pas ce qui divise un en trois, mais ce qui ramène trois en un. On pourra dire un peu vulgairement que Dieu est trois personnes comme un même homme peut être époux, amant et ami de sa femme (si cela est possible !)

     

    3/ Enfin, Dieu peut être simplement un par continuité avec soi, parce qu'il est d’un seul tenant, d'un seul bloc, '"d'une seule unité", si l'on ose dire, sans faille ni médiation - c'est un dieu « Impénétrable » (as-samad) et pourtant omniscient, devant Lequel tous doivent se soumettre (ISLAM).

     

    Dit en une phrase, l’unicité de Dieu par rapport aux hommes peut être Alliance, Incarnation ou Soumission.

     

     

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    A la lettre, l'on pourra alors dire

     

    1/ que le JUDAISME est l’histoire d’un peuple et le fait d'une religion nationale ;

     

    2/ que le CHRISTIANISME est l’histoire d’un personnage et le fait d'une religion à vocation universelle ;

     

    3/ que l'ISLAM est l'histoire d'une conquête et le fait d'une religion à vocation mondiale.

     

     

     

    III - Livres.

     

    Ne croyons plus dès lors que les points communs qui existent entre les trois religions soient facteurs de réconciliation, de paix, de couscous et de dinde au marron. Bien au contraire. C’est parce que nous avons des points, sinon des ancêtres, communs, que nous avons des conflits.

     

     

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    Nos dénominateurs communs sont en fait des détonateurs métaphysiques et politiques. Par exemple, rappeler benoîtement qu’Abraham est le fondateur des trois religions en croyant que c'est là facteur de rapprochement est oublier que pour l’islam, il n’y a qu’une seule religion d’Abraham… qui est l’islam, les deux premières étant des impostures que d’ailleurs condamne le Coran. Et si le Christ est cité dans le Coran, c'est en tant que dernier prophète et non en tant que Fils de Dieu - sans parler de « la Trinité » qui n’est plus le Père, le Fils et le Saint Esprit, mais le Père, le Prophète et la Vierge Marie, confusion d'ailleurs sympathique et émouvante et qui est moins grave que le prendre pour un imposteur comme c'est le cas chez les juifs. Car si les chrétiens reconnaissent que les juifs sont leurs ainés (aînés déicides tout de même), les juifs ne reconnaissent pas du tout que les chrétiens soient leurs cadets. Et la prophétie paulinienne qui dit que ce sont les juifs qui sauveront le monde en témoignant, un jour, du retour du messie, semble être d'une difficulté pire que celle de faire passer la caravane par le trou de l'aiguille. Ne nous faisons donc pas trop d'illusion sur la proximité des trois familles et n'oublions pas que c'est dans la fraternité que se fait le premier meurtre - Caïn et Abel.

     

    A frères ennemis, livres rivaux. Dira-t-on d'ailleurs qu'il y a trois livres ou deux et demi ? Car si la Torah est le premier livre sacré, elle fait partie entièrement du second, la Bible. Le Coran, lui, arrive plus tard. Chaque livre diffère, en tous cas, des deux autres dans son sens, son inspiration, et son but. Comme le résume Brague en une formule saisissante :

     

    « la religion d’Israël est une histoire qui aboutit à un livre, le christianisme est une histoire racontée dans un livre, l’islam est un livre qui aboutit à une histoire »

     

    Retenons-le bien :

     

    1/ Ce qui est révélé dans le judaïsme, c’est Israël.

     

    2/ Ce qui est révélé dans le christianisme, c’est la personne du Christ.

     

    3/ Ce qui est révélé dans l’islam, c’est le Coran.

     

     

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    En ce sens, l’islam est la seule vraie religion du livre. Car le Coran, contrairement à la Torah et à la Bible, n'est pas une parole inspirée de Dieu mais la parole exacte de Dieu délivrée par l'ange Gabriel. Si David, Salomon, et plus tard les évangélistes, étaient des hommes qui écrivaient comme des hommes (et reconnus comme tels par leur future église), Mahomet écrit, lui, sous la dictée d’Allah - exactement, dit Brague, comme la fille de Milton a écrit le Paradis perdu sous la dictée de son père, devenu aveugle. Le Coran n'est pas le texte d'un homme qui rapporte les paroles de Dieu, c'est le texte de Dieu qu'un scribe a imprimé. La conséquence de cette croyance est terrible, car si juifs et chrétiens peuvent et doivent admettre qu’il y ait dans la Torah et dans la Bible des erreurs de chronologie et de fait, sinon des idioties antiques, et même des versets too much, incompatibles avec la science et la morale moderne, il est hors de question que les musulmans fassent de même avec le Coran. La lapidation reste islamiquement d'actualité. Le verset du voile (sourate XXXIII dite "les confédérés", 57) continue d'être à la mode - mode perpétuelle, pourrait-on dire. La conquête du monde ne sera jamais un "souvenir". Parce qu’il est parole effective de Dieu, « il faut que tout dans le Coran soit vrai, et même définitif », y compris les nouvelles découvertes scientifiques, dont certains imams s’acharnent à tenter de prouver qu’elles étaient déjà contenues dans le Coran.

     

    IV - Arrangements

    Si dialogue interreligieux il y a, celui-ci ne consistera pas en une récréation dans laquelle chacun des trois religieux jouera aux billes avec les deux autres en se faisant croire que chacun suit les mêmes règles. Un vrai dialogue interreligieux devra tenir compte des différences irréconciliables qui existent entre les trois religions - et qui se retrouvent en outre au sein de celles-ci : catholiques protestants, orthodoxes dans le christianisme ; sunnites, chiites, et les plus sympathiques de la bande, alaouites dans l'islam. Reconnaissance et respect devront s'exercer non par hors du désaccord mais bien en lui (ce qu'a essayé Benoît XVI dans son fameux discours de Ratisbonne en septembre 2006, ce qu'a réalisé François en mai dernier à Jérusalem avec Omar Abboud, professeur musulman et Abraham Skorka, rabbin.)

     

     

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    "- Un juif, un musulman et un chrétien qui s'embrassent...
    - Ouais, mais c'est que de la pub.
    - Non, car il connaît personnellement les deux. Ils les a fait venir de Buenos Aires pour vivre ce moment avec lui. Le juif est le plus grand rabbin argentin, un de ses meilleurs amis. Le troisième est le responsable du dialogue inter-religieux dans la communauté musulmane argentine, avec qui il a déjà collaboré. Ces trois hommes se comprennent, ils parlent la même langue, ils ne font pas semblant. Ce n'est pas diplomatique, c'est affectif.
    - Alors, pourquoi s'exhiber comme ça ?
    - Ce n'est pas de l'exhibitionnisme. C'est un cadeau pour ton âme. Trois oiseaux qui chantent sur un arbre et se répondent, tu trouves ça indécent ?"

    (Pascal Avot)

     

    Respecter l'autre, c'est en effet le comprendre comme lui-même se comprend ; c'est accepter le sens qu'il donne aux mots auxquels nous donnons, nous, un sens autre ; c'est tolérer, un moment, ce qui fait qu'il ne nous tolère pas et qu'on ne tolère pas en lui ; c'est, enfin, l'éprouver dans ce qu'il ne devrait pas supporter en nous ; bref, c'est admettre qu'il peut y avoir des apories dans le dialogue entre les communautés, sans pour autant ne leur voir de solution que dans le sang. En vérité, c'est la volonté de réconciliation abusive qui provoque le sang et la haine et c'est l'acceptation face à certaines incompatibilités qui est garantie de paix et de fraternité. 

     

    C'est aussi accepter le fait que les affirmations du credo adverse aient été établies selon de hautes et non de basses raisons. A ce propos, cessons de croire que ceux qui ont élaboré les canons de l'église catholique l'aient fait selon leurs "intérêts" et selon un esprit calculateur et pervers. Cessons de penser que les premiers théologiens de l'histoire furent de vulgaires manipulateurs d'opinions qui se débarrassaient des textes qui n'allaient pas dans leur sens. Non, c’était des sages, des intellectuels, qui construisaient une civilisation, et se souciaient avant tout d'être justes et bons, c'est-à-dire orthodoxes. Mais nous, pauvres post-modernes atteints de sida mental, sommes persuadés que l'orthodoxie est une mauvaise chose et que l'hérésie est une chose géniale. Si nous avions un minimum de probité intellectuelle, nous reconnaîtrions sans problème qu'à Nicée-Constantinople, le canon catholique fut établi selon une rigueur scientifique et morale que devraient leur envier la plupart de nos animateurs de la pensée. "Ils ont pris ce qui les arrangeaient !!!" hurlent-ils avec la rage de leur bêtise anti-philosophique. Autant dire que Mozart a pris les notes qui "l'arrangeaient" pour composer le Requiem, ou que Michel-Ange a pris les couleurs "qui allaient dans son intérêt" quand il peignit le plafond de la chapelle Sixtine ! Quel mépris pour les Pères de l'Eglise, j'allais dire : pour les pères de l'humanité, que de soutenir que ces gens-là étaient des marchands d'opinion ! Et quelle ignorance des choses de l'esprit que de croire que celui-ci ne peut être que toujours corrompu !

     

    D'autant que cette accusation de corruption de la pensée va toujours dans le même sens. On ne croit pas une minute à la probité intellectuelle des philosophes qui ont fait le canon apostolique et romain, mais l'on a un respect tout apostolique et romain pour les philosophes qui ont fait le canon du rationalisme moderne. Quels hauts cris ne pousserait-on pas s'il était dit de Descartes ou de Kant ce que l'on dit des des Pères de l'Eglise ! Comment ? Que dites-vous ? "Ce n'est pas la même chose" ? C'est là que vous vous trompez... Si l'on a un minimum de respect pour la pensée, on sait que celle-ci a eu besoin de la Somme théologique comme du Discours de la méthode.

     

     

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    Non, il faut se rendre à la raison. Si saint Irénée de Lyon décida, en 170, de choisir les quatre évangiles de Matthieu, Marc, Luc et Jean, plutôt que ceux de Barnabé, Judas and co, c'est qu'il pensa tout simplement que les premiers étaient en adéquation avec la vérité et que les seconds sombraient dans le mythe et la superstition. Croire, comme le font tant de nos contemporains, que les apocryphes valent autant, sinon plus, que les canoniques, c'est comme croire que le Da Vinci Code vaut un livre d'histoire. Ce que l'époque ne supporte pas, en fait, c'est que que le choix de ce qui était en train de devenir l'Eglise catholique s'avérait parfait, sublime.... INFAILLIBLE. Et l'infaillibilité spirituelle, c'est ce qui scandalise le mauvaise esprit actuel. "Pourquoi un seul serait-il infaillible et pas nous ?" Oui, pourquoi tout le troupeau ne serait-il pas un troupeau de bergers ? Et pourquoi ne serions-nous pas tous des dieux, après tout ? Des dieux de nous ?

     

    A quelle page Brague dit  avoir plus de respect pour le sauvage qui s'agenouille devant son totem que pour l'homme moderne qui s'agenouille devant lui-même ?

     

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    (I Vitelloni, de Fellini)

     

     (Seconde version aérée et corrigée d'un texte commis en 2008 sur un livre pour moi décisif, "catéchisme expliqué" s'il en est.)

     

     

    A SUIVRE

     

     

     

     

     

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