
La plus ancienne représentation de saint Paul à ce jour, retrouvée en 2009 dans les catacombes Sainte Thècle à Rome, non loin de la basilique Saint-Paul-hors-les-murs – lire ici
« Quand je veux savoir les dernières nouvelles, je lis saint Paul ».
Léon BLOY
1 CORINTHIENS
Éloge du bâtard / éloge de l'illégitimité – « Ce qui n'est pas, pour abolir ce qui est » (1-28)
C'est Marion Muller-Colard qui émettait l'hypothèse (plus que plausible) que Jésus était un bâtard, produit d'amours illicites entre Marie et un juif ou un romain, sinon celui d'un viol. Et c'est cela, expliquait-elle, qui était beau. Jésus, fils illégitime, adoptif, venu de nulle part, anonyme – Fils de l'Homme au sens propre puis général du terme.
« .... que ce Jésus de Nazareth, donc, soit le fruit de l'infidélité de Marie à Joseph, de l'impatience de Joseph en ces interminables temps de fiançailles, ou même du viol d'un centurion romain, qu'importe. Il est un enfant illégitime et c'est superbe. C'est superbe car l'Evangile peut se résumer en l'abolition radicale de la l'illégitimité. Ce que Jésus conquiert, c'est l'accession au pur sujet, ce noyau atomique de soi qui est, pour le commun des mortels, si couvert d'ego, de trauma, d'imitations, de conventions, d'angoisse, de quête effrénée de légitimité, qu'il nous faut forer toute une vie pour avoir une chance de l'effleurer. »
(Marion Muller-Colard, Je me demande pourquoi, Emmanuel Carrère – Faire effraction dans le réel, P.O.L, 2018, p 475)
Et c'est ce que suggère la Première Epître aux Corinthiens I - 28 :
« ... ce qui dans le monde est sans naissance et ce que l'on méprise, c'est ce que Dieu a choisi ; ce qui n'est pas, pour abolir ce qui est, afin qu'aucune créature n'aille se vanter devant Dieu. »
« Ce qui n'est pas, pour abolir ce qui est » (1 Corinthiens 1-28) – Une définition du christianisme ?
Il faut lire l'Évangile dans sa réalité, son immanence, son scandale et sa folie. Et c'est quand on commence à détester ce texte qui va contre toutes nos valeurs, habitudes, protections mentales, morales et sociales qu'on commence à le comprendre. Plus il nous irrite, plus on s'en rapproche. Trop facile de le "sacraliser", c'est-à-dire de le mettre à distance et de faire semblant de le respecter quand on refuse de le comprendre en propre, par rapport à soi-même.
Perso, je n'ai jamais pu lire l'Évangile ou les Épîtres sans dégoût, rejet, effroi. Quelque chose continuera de me rebuter éternellement dans la Parole de Dieu et j'en suis bien aise. Car du jour où elle ne me rebutera plus, cela signifiera qu'elle n'aura plus rien à inquiéter en moi et que je l'aurai quittée pour de bon. Rien de telle que la détestation évangélique pour l'effleurer. Moins j'aime le christianisme, plus je m'y reconnais et, à mon âme défendante (dépendante ?), ai besoin de lui. C'est un chemin de croix, une psychanalyse, un voyage en soi, c'est-à-dire en enfer.
Jésus, c'est d'abord ce type qu'on n'aime pas. Odieusement antipathique, anarchique, révolutionnaire, et qui nous pulvérise, nous et notre putain de vision du monde, nos petites valeurs de merde, nos arrangements avec tout.
Et avec ce prénom impossible à prononcer, un peu obscène, et comme l'a très bien vu Emmanuel Carrère dans Le Royaume :
« ... avec cette bouche en cul-de-poule qu’on est obligé de faire pour émettre la seconde syllabe (essayez de dire « zu » autrement) et qui, même au temps de ma plus grande dévotion, m'a toujours rendu ce nom vaguement obscène à prononcer. »
Non, c'est dégueulasse.
Bonne semaine sainte.

Harry Dean Stanton dans le rôle de Paul (La Dernière tentation du Christ, Martin Scorsese, 1988)