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Défense des hommes infidèles, par Elisabeth Lévy

Picasso, couple 1.jpgOui, chère Sylvie Brunel, l’amour, c’est la guerre !

 

Ce matin, pour ma gym, j’ai eu le droit à “femmes entre elles”. C’était sur France Inter, une discussion entre Sylvie Brunel, future ex-épouse Besson, auteur d’un Manuel de guérilla à l’usage des femmes, et Pascale Clarke, dont la tessiture fait merveille dans le genre intimiste confie-toi-moi-aussi-j’ai souffert. Le genre nous les femmes.

Je m’empresse de préciser que je n’ai pas lu le livre de Sylvie Brunel et que je ne suis pas sûre de le faire. Je me sens toujours gênée d’être invitée dans l’intimité de personnages réels – dont l’un, de plus, n’a rien demandé et la littérature m’apprend plus que n’importe laquelle de ces confessions qu’affectionnent pas mal de mes confrères. Exhiber la midinette qui sommeille en chacune de nous serait le signe qu’on est une femme libre. Pour ma part, si j’ai besoin de tuyaux, j’irai les chercher chez Stendhal et quelques autres, pas dans un “manuel”. Pourquoi pas des cours de rupture amoureuse ou des formations au divorce (je me demande, avec effroi, si ça n’existe pas) ? Cela dit, la Brunel ne manque pas de panache. On peut ne pas aimer l’arme qu’elle a choisie. Au moins ne se laisse-t-elle pas achever sans combattre. De plus, tout au long de l’émission, elle a résisté de façon plutôt réjouissante à Pascale Clarke, qui voulait absolument lui faire dire que tous les hommes sont des salauds et qu’en prime le sien est un traitre.

Allez savoir pourquoi, j’ai éprouvé le besoin de me désolidariser de cette grande confrérie que l’on m’invitait à rejoindre. Merci les filles, “nous”, en ce domaine, très peu pour moi. L’histoire de la femme bafouée, vous en parlez comme si c’était le lot éternel du beau sexe, mais je ne me vois pas dans le rôle – et pour tout dire, mes copines non plus. Je refuse d’être enrôlée dans votre armée des victimes des hommes. À la guérilla proposée, on peut préférer la tendre guerre, le jeu sérieux, amusant et cruel du désir qui vagabonde, disparaît et renaît, et que nulle époque n’a jamais réussi à enfermer dans les liens du mariage ou de la convention, ni dans les exigences de la morale. Tous les coups ne sont pas permis. Mais c’est une guerre. On n’est pas chez les bisounours. Il y a souvent du sang sur les murs, parfois au sens propre.

Ceux et celles qui rêvent, comme l’excellente Caroline Fourest d’un monde sans hommes ni femmes “où l’on admettra que le genre peut être indéterminé ou choisi, et non dicté par le sexe biologique”, feraient mieux de cesser là leur lecture. “Il faut espérer, écrit-elle encore, que la différence des sexes, si communément admise, sera un jour relativisée.” On aimerait savoir pourquoi il faut espérer. Pour ma part, je trouve cette perspective parfaitement terrifiante.

Peut-être l’antique division entre les hommes et les femmes est-elle une construction, mais alors une construction anthropologique et mythologique de grande ampleur, qui a peut-être vaguement quelque chose à voir avec la biologie. La reproduction, la chasse, le dedans, le dehors, l’appel un peu mystérieux (et souvent casse-pieds) qui pousse le mâle à s’assurer, une fois sa semence répandue dans l’une, qu’il est toujours un homme, autrement dit qu’il peut avoir celle qu’il n’a pas. Vieille affaire revisitée depuis des millénaires et récemment pimentée par la conquête de l’égalité. Pour faire court, brutal et donc réducteur, quand on aime les hommes libres, l’infidélité fait partie du lot. Réelle ou fantasmée, avouée ou cachée, elle est dans la nature – au moins reptilienne – de l’homme, comme piquer est dans celle du scorpion. Ce qui, bien sûr, n’empêche nullement les femmes de la pratiquer avec bonheur.

On me dira à raison que la répression de la nature est aussi une loi de l’humanité biblique. On n’est pas obligée de choisir le modèle pour qui le passage à l’acte doit se répéter indéfiniment au point que la nouveauté elle-même devient l’unique objet du désir. Le genre “je cours le jupon pendant qu’elle élève les enfants avant de me caser avec une petite” peut sembler un peu convenu, moyennement élégant et carrément déplaisant pour celle qui est quittée. Mais le style “je reste par devoir” est à périr d’ennui. Si un infidèle ne vous convient pas, changez-en, le monde en est plein.

Si vous n’aimez pas les lâches, ça se complique, parce que ça, on peut penser que c’est carrément dans les gènes masculins, ainsi que l’a joliment dit Nicolas Rey dans une chronique un peu facile mais charmante, dans laquelle il s’attendrissait sur le sort du malheureux qui s’apprête à quitter femme et enfants. “Il y a du courage dans la lâcheté”, a-t-il conclu. Non, Nico, dans la lâcheté, il y a de la lâcheté. Ce n’est pas ce que vous avez de mieux. Mais on vous pardonne si on sait que, sur le champ de bataille, vous serez-là, prêts à combattre pour nous. Autrement dit, si vous vous conduisez en gentlemen.

Qu’on ne se méprenne pas. Heureusement, les êtres humains concrets échappent aux archétypes. Ils ont la liberté de jouer avec eux, d’en conjuguer plusieurs – tous les hommes, même les plus camionneurs, ont un côté gonzesse. Dans la vraie vie, on n’a pas le choix entre le collectionneur qui croit pouvoir fusionner ses fantasmes avec le réel et bobonne en version mec ; et pas non plus entre épouse au long cours et maitresse d’un jour. On peut aimer les vertiges de la possession sans renoncer à sa souveraineté. La domination change de camp, la proie et le chasseur échangent leurs rôles. On gagne, on perd, on rejoue. On rit, on pleure, et on rit d’avoir pleuré. On s’enchaîne et on se libère, on conquiert et on se soumet. Mais si on admet qu’il y a entre les hommes et les femmes des divergences aussi inaliénables que leur liberté elle-même, on ne s’ennuie jamais. L’ardente Sylvie Brunel aurait-elle passé trente ans de sa vie avec un homme fidèle, un amoureux 24/24, qui rapporte le pain et vous salue tous les soirs d’un “bonsoir ma chérie !” ? Confesserait-elle aujourd’hui, en même temps que sa rancœur, sa nostalgie et peut-être son espoir?

Dans les joutes oratoires où les femmes excellent à enserrer l’autre dans les fils d’une rhétorique impitoyable – logique plus mauvaise foi : le cocktail qui rend fou -, une phrase constitue une arme redoutable : “Ce n’est pas pareil !” Et, bien sûr, c’est irréfutable puisque que ce n’est jamais pareil. Ces considérations s’appliquent donc aux hommes en général, pas aux miens en particulier. Eux, c’est pas pareil.

Elisabeth Lévy

(Article publié le 09 décembre 2009 à 17h22 dans Causeur)

 

Picasso, couple 2.jpg

 

 

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Commentaires

  • Ça n'a que peu de rapport - si ce n'est une "victoire" posthume de Muray - et je me demandais si je le mettais sur mon site, mais tenez, cela devrait vous plaire :

    http://www.crif.org/index.php?page=articles_display/detail&aid=17802&artyd=99.

    Sur ce je vous laisse, je pars tromper ma femme la conscience tranquille !

  • Bah, si l'infidélité masculine n'était pas chantée, glorifiée, promue et THÉORISÉE, et l'infidélité féminine camouflée et en fait, minimisée, le problème ne se poserait pas. C'est par le langage (individuel et collectif) qu'un fait est reconnu, qui crée la valeur ou l'absence de valeur.

    Lévy sous-entend tout de même que toute femme devrait jeter dehors les indécrottables agités de la braguette.

    Et les femmes devraient s'occuper d'autre chose dans la vie que d'accepter une somme considérable de comportements crétins de la part de leurs hommes pour les retenir à tout prix "au foyer".

    L'excuse de la femme de Besson est qu'elle s'est mariée très (trop) jeune. Elle n'a pas eu le temps d'en choisir un plus potable (il lui manquait du "comparatif").

    Et ensuite, le confort et l'habitude aveuglent. Jusqu'au point de non retour.

    Voir Besson se tortiller dans ses contradictions sur le mariage gris n'est pas vraiment triste. C'est du spectacle popu.

    Murray le nostalgique de l'Ancien régime aurait dû se souvenir que les foules étaient conviées, par les monarques et l'église, aux supplices sur la Place de Grève ...

  • Mais détour, toute la littérature n'est que cet théorisation, ou disons mieux cette idéalisation de l'infidélité des hommes comme des femmes. C'est la vertigineuse et désespérante libérté de l'individu dont le prix de la libérté est l'incertitude de l'autre.

    "Vous autres hommes, vous voulez tous passer pour de don Juan. Vous imaginez faire des dupes, tandis que souvent vous ne trouvez que des Dona Juan encore plus rouées que vous." Mérimée

    Je me demande si la véritable différence réside dans l'idée l'éternel masculin ne pense qu'au sexe tandis que l'éternel féminin qu'à l'amour; à chacun (chacune) donc de doser sa part masculines et féminines en lui (en elle: ici la nécessité de faire la double distinction s'impose)

  • Que l'on me permette cette auto-citation :

    http://ruinescirculaires.free.fr/index.php?2005/12/13/145-nous-ne-vieillerons

  • Une info pour le moins curieuse qui va devoir nécessiter que tu remettes à jour tes connaissances !

    Le président de la Cour suprême du Pakistan a ordonné au gouvernement de reconnaître les eunuques comme un genre à part, un premier pas vers la reconnaissance des droits de cette minorité de travestis et transsexuels, a-t-on appris aujourd'hui de source judiciaire.

    "Le juge Iftikhar Muhammad Chaudhry a ordonné au gouvernement d'ajouter un troisième genre sur les cartes d'identité nationales", a annoncé l'avocat Mohammad Aslam Khaki, qui avait soumis une pétition en ce sens à la Cour Suprême, la plus haute juridiction du pays. Le juge a également ordonné au gouvernement de mettre en place un mécanisme pour protéger les eunuques, également appelés "hijras" en Asie du Sud, face notamment au harcèlement policier, et les aider à faire valoir leurs droits en matière d'héritage, a-t-il ajouté.

    Almas Bobby, un porte-parole de la communauté eunuque au Pakistan, marginalisée au sein d'une société musulmane conservatrice, a salué cette annonce et remercié le juge Chaudhry de leur donner ainsi des droits.

    En Inde, voisin et traditionnel rival du Pakistan, les eunuques (naturels ou qui ont subi une intervention chirurgicale) ont gagné cette année une bataille de longue date en obtenant le droit d'être classés comme un genre à part, distinct des hommes et des femmes, sur les listes et cartes électorales.

  • « quand on aime les hommes libres, l’infidélité fait partie du lot. Réelle ou fantasmée, avouée ou cachée, elle est dans la nature – au moins reptilienne – de l’homme, comme piquer est dans celle du scorpion. Ce qui, bien sûr, n’empêche nullement les femmes de la pratiquer avec bonheur. »

    M... ! J'ai comme l'impression de m'être fait flasher, là !

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