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Satanislam IX - Une lampe magique

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Mektoub my love canto due (Abdellatif Kechiche, 2025)

 

Neuvième et dernier chapitre, cette Lampe magique qui, quand je l'ai lu en 2022 (car tout cela ne sont que des notes prises à cette époque et à peine corrigées), j'avoue, m'avait un peu déçu. Ou plutôt mortifié. Je n'aimais pas que Saladin s'en sorte et que Gibreel se suicide. Je n'aimais pas l'homme méchant survive et que l'homme soumis (malgré lui) périsse. Il est vrai que le premier aura fait la paix avec ses identités (et son père) alors que pas l'autre. Fin hautement morale en quelque sorte et avec laquelle mon nouveau moi devrait être aujourd'hui d'accord. Car Saladin, c'est un peu moi. Il est passé par le démon, a failli y rester mais s'en est sorti – alors que Gibreel, tout autant possédé, condamné à être un mauvais génie à son corps défendant, a fini par sombrer et se tirer une balle. Ses derniers films ont été des échecs, il s'est perdu dans ses identités mais ce naufrage paraît bien arbitraire. Il aurait dû être sauvé. Certes, il a tué Alleluya mais à cause des coups de fils criminels de Saladin qui se faisait passer pour des amants imaginaires à elle et qui l'ont rendu fou. En même temps, je suis très sensible à cette idée que nous sommes traversés par des forces et des identités qui nous dépassent et qu'il faut faire avec. À l'origine de tout, il y a l'arbitraire, le caprice, le hasard, le jeu des anges et des démons – du reste, autant pour eux que pour nous.

Donc, Inch'Allah. Ou Mektoub my love

 

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Reste la morale principale, politique même, hautement salubre, qu'en aucun cas, nous devons nous figurer comme des victimes – même quand nous le sommes. Et c'est ce qui a peut-être perdu Gibreel.

Et ceci est vrai aussi pour l'immigré.

« Comment accuser les autres de préjugés quand nous avons les mains si sales ? Beaucoup parmi vous se disent victimes en Grande Bretagne. D'accord. Je n'y suis jamais allé, je ne connais pas votre situation, mais d'après mon expérience personnelle, je ne me suis jamais senti à l'aise de porter l'étiquette de victime. (...) Beaucoup d'Indiens sont sans aucun doute opprimés, mais je ne crois pas qu'aucun de nous puisse se vanter d'une situation aussi privilégiée. » 

Gare en tous cas avec les radicalités qui ne servent qu'à en déclencher d'autres. Et c'est la raison pour laquelle les radicaux s'adorent.

« L'ennui avec les critiques radicales, c'est que les réactionnaires adorent les gober ». 

C'est de cela aussi dont il faut sortir.

 

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Solaris (Andréi Tarkovksi, 1972)

 

Non, le « salut » consiste dans la conscience que nous pouvons avoir de nos multiplicités, de notre zapping ontologique permanent. En nous résident plus de chaînes télé et de satellite qu'un patron de télé n'en rêvera jamais.

La conscience comme suspension et synthèse (même s'il restera toujours des choses inachevées), voilà à quoi il faut s'atteler.

Et Saladin de « retomber amoureux » de son père.

 

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Solaris - plan final

 

« Tomber amoureux de son père après de longues décennies de colère était un sentiment serein et beau ; quelque chose qui redonnait la vie, qui la renouvelait, avait envie de dire Saladin, mais il ne le fit pas, parce que cela lui sembla vampirique ; comme si en suçant cette nouvelle vie il faisait, dans le corps de son père, une place pour le mort. Il se tut et pourtant, Saladin se sentait d'heure en heure plus près de ses multiples moi anciens et rejetés, ces Saladin - ou plutôt Salahudin - alternatifs, qui s'étaient détachés de lui au fur et mesure qu'il avait fait différents choix dans la vie, mais qui, apparemment, continuaient à exister, peut-être dans les univers parallèles de la théorie des quanta. » 

Et le regret que nous avons tous eu : 

« Si seulement il avait pu être cet homme-là pendant toute sa vie ».

Trente ans perdus à souffrir inutilement, à se détruire, à désespérer – et comme s'il avait fallu tout de même passer par là. C'est d'ailleurs pour cela que dès qu'on réfléchit à soi, tout regret disparaît. Car le regret est une illusion rétroactive – comme la volonté individuelle. Le « j'aurais dû faire ça » nous torture alors qu'il n'a pas lieu d'être. Nous n'avons pas pu faire ça car nous ne pouvions le faire, rien d'autre.

Tout a toujours été grâcieux ou magique. Comme cette lampe en cuivre que Changez réservait un jour pour son fils. Et dont la première magie est de réconcilier les vivants et les morts.

« La mort, le grand événement, tissait son envoûtement autour de la maison de Scandal Point. »

Ce que le père apprend au fils : la mort.

Apprendre à mourir.

 

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Le Sacrifice (Andréi Tarkovksi, 1986)

 

« Le monde, a écrit quelqu'un, est le lieu dont nous pouvons la réalité en y mourant. » 

En attendant la femme salvatrice – Zeenat Vakil, la nouvelle amante de Saladin, aimante, émancipée et sexuellement agressive, qui rappelle un peu la Prudence d’Anéantir de Houellebecq. Et dont on rêve tous, même à 56 ans. Mais comment vivre quelque chose quand on n'a rien vécu avant ? Qu'on ne sait pas vivre ? Alors oui, rêver de la femme salvatrice, c'est déjà ça. Pour Mes Aimées

« Quand tu la verras, tu sauras. » 

« À partir de maintenant, je dois me considérer comme vivant perpétuellement le premier instant de l'avenir. » 

S'accomplir, donc, malgré l'époque, malgré le pire du dehors (l'islamisme) et du dedans (le wokisme).

Le WOKISLAMISME –  c'est-à-dire « LE PROJET ETHIQUE » et que Rusdhie décrit trente ans avant qu'il ne nous explose à la gueule. Car le wokisme est la suite du terrorisme sous d'autres moyens.

Et donc, mort à la littérature, à la métaphore. 

« Aujourd'hui, nous devons affirmer des positions claires comme le cristal. Toutes les métaphores peuvent être mal interprétées. » 

Cristal de l'éthique, donc.

« Elle exposa sa théorie. La société était orchestrée par ce qu’elle appelait les grands récits : l’histoire, l’économie, l’éthique. En Inde, le développement d’un appareil d’Etat fermé et corrompu avait exclu la grande masse des habitants du projet éthique. En conséquence, les gens recherchaient des satisfaction éthiques dans le plus ancien des grands récits, c’est-à-dire la foi religieuse. »

Intégrisme // wokisme.

 

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Nostalghia - scène de l'immolation de Domenico (Andrei Tarkovski, 1983)

 

Et c'est contre cet intégrisme démoniaque que Gibreel que tente de lutter, au risque de se perdre – parce que lui sait ce que c'est que de lutter avec le démon. Hélas ! A force de lutte acharnée, on devient souvent ce que l'on combat. Le diable veut que vous le haïssiez jusqu'à devenir comme lui. Intenable. Donc, suicide. Et en même temps, noblesse, héroïsme. Il a eu beau sauver Saladin de l'incendie, il n'arrive pas à se sauver, lui. Il devient fantôme de lui-même.

« Maintenant, je sais ce qu'est un fantôme, c'est une affaire inachevée. » 

Au contraire, poussé, sinon réaccouché par Zeeny, Saladin en finit avec son inachevé (qui est toujours du passé mal passé).

« Si tu veux vraiment te débarrasser de ton côté étranger, [lui dit-elle], alors ne tombe pas à ta place dans une sorte de limbes sans racines. D’accord ? Nous sommes tous ici. Nous sommes juste devant toi. Cette fois tu devrais faire l’effort de connaître la ville en tant qu’adulte. Essaie de la prendre dans tes bras, comme elle est, et pas comme un souvenir d’enfance qui te rend nostalgique et malade. Serre-la contre toi. La vie réelle, ce qui existe. Que ses fautes soient les tiennes. Deviens sa créature ; sois d’ici. »

Gibreel a donc certainement tué Alleluya – en la poussant du gratte-ciel dont sa femme Rekha Merchant s'était déjà jetée il y a des années. Et cela à cause des crimes téléphoniques de Saladin qui l'auront rendu fou de jalousie.

Mais il aurait aussi tué Sisodia, « la manipulatrice ».

On ne saura jamais.

« C'était ainsi      ce n'était pas ainsi. » 

« Je suis l'ange      le damné ange de Dieu      et de nos jours je suis l'ange vengeur      Gibreel le vengeur      toujours la vengeance     pourquoi

Je ne peux pas en être sûr     quelque chose comme ça » 

Dernier monologue de Gibreel, bouleversant.

Avant qu'il ne se tire une balle dans la bouche – et qu'il soit libre. Donc en paix.

La mort, salut des démons.

La mort, condition de renaissance.

Pour renaître, il faut mourir. 

 

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Nostalghia - plan final

 

 

                                                                                                                                       

 I - Pour renaître, il faut mourir. Ou recommencer... ici.  

 

 

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Salman Rusdhie au musée d'Orsay (mai 2024), interview Quotidien

 

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