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christian schad

  • « Mais Lazare venait souvent à la Criolla »

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    La Criolla (1933) - page consacrée ici

     

    « Un peu plus, un peu moins, tout homme est suspendu aux récits, aux romans, qui lui révèlent la vérité multiple de la vie. Seuls ces récits lus parfois dans les transes, le situent devant le destin. Nous devons donc chercher passionnément ce que peuvent être des récits - comment orienter l'effort par lequel le roman se renouvelle, ou mieux se perpétue.

    Le souci de techniques différentes [allô Thélyson ?], qui remédient à la satiété des formes connues, occupe en effet les esprits. Mais je m'explique mal (...) Le récit qui révèle les possibilités de la vie n'appelle pas forcément, mais il appelle un moment de rage, sans lequel son auteur serait aveugle à ces possibilités excessives. Je le crois : seule l'épreuve suffocante, impossible, donne à l'auteur le moyen d'atteindre la vision lointaine, attendue par un lecteur las des proches limites imposées par les conventions.

    Comment vous attarder à des livres auxquels, sensiblement, l'auteur n'a pas été contraint ? (...)

    J'ai voulu m'exprimer lourdement.

    Mais je n'insinue pas qu'un sursaut de rage ou que l'épreuve de la souffrance assurent seuls aux récits leur pouvoir de révélation. J'en ai parlé ici pour arriver à dire qu'un tourment qui me ravageait est seul à l'origine des monstrueuses anomalies du Bleu du ciel. »

    Avant-propos du Bleu du ciel.

     

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    Sollers tenait Le Bleu du ciel en très haute estime – un livre aussi fondamental pour lui que Le Château, Mort à crédit, Journal du voleur ou La Nausée. Un livre de prophétie, de fin du monde, de temps retrouvé aussitôt reperdu. Un livre de perdition à coup sûr. Un des plus malsains jamais écrits et tout comme son auteur fut sans doute l'auteur le plus morbide de l'histoire de la littérature - et dont on se demande si les anomalies monstrueuses (nécrophilie, inceste, souillure de toute sorte) ne l'emportent pas sur le génie d'écrire. Si toute cette dégueulasserie vaut littérairement quelque chose. Longtemps, j'en ai douté – et pourtant j'y revenais tout le temps. Peut-être parce que Bataille me parlait malgré moi et que comme lui je me faisais un monde de perversions, dans mon cas anecdotique. C'est en fait cela qu'il faut comprendre : la manière dont on refoule une pulsion est souvent bien pire que la pulsion elle-même. Le refoulant est beaucoup plus violent que le refoulé. Exemple : quelqu'un peut avoir des envies de meurtre sexuel et ne pas en être gêné plus que ça alors qu'un autre ne rêve que d'une femme qui s'habillerait en rouge et ça le rend malade. Je suis dans le second cas. Tout me rend, crois-je, coupable. Tout me rend à un néant imaginaire. Au moindre désir, tradi ou singulier, je me sens comme le Joseph K. du Procès – ou comme ce Troppmann du Bleu, au bord de l'agonie affective, de la chute sans fin, du péché irrémissible. Ce qui est absurde et fort contrariant. Comme si le Surmoi avait en moi crucifié le Ça et m'avait stérilisé de part en part. Si un homme, ça se retient, je suis, moi, l'homme condamné à se retenir. L'homme de la rétention permanente. L'Armance bis.

    Olivier Maillart – J’admire l’intelligence de Bataille, et donc certains de ses essais. Mais son esprit de sérieux gâche beaucoup de choses. Le plus souvent, il m’ennuie. 

    Pierre Cormary – Olivier Maillart il est clair que ce n' est pas Joe le rigolo. 

    Olivier Maillart – Le gag étant qu’il se présente dans le même mouvement comme un penseur du rire… 

    Pierre Cormary – Rire funèbre, dionysisme sinistre, souveraineté mortifère, érotisme gerbant. Tout est pourri et plombant chez lui et je ne suis même pas sûr de l'admirer littérairement. Et pourtant, il m'accompagne, me stimule et me console depuis quarante ans - y compris contre lui. C'est très curieux. Ces auteurs dont une partie de nous n'a rien à foutre mais dont l'autre a besoin. Qui agissent comme un vaccin au sens propre : se faire inoculer un peu de leur poison pour ne pas s'empoisonner soi-même. Et j'aime bien qu'il ait exploré toutes ces choses : supplice, part maudite, instincts inavouables. Non, ce qui pue chez lui c'est son côté curé, confessionnal glauque, petit péché dégueu mais pas si grave mais dont il fait un trou noir d'angoisse. Remarque, Proust aussi avec le baiser refusé du soir. 

    Pierre Cormary – Le Bleu du ciel est quand même un chef-d'oeuvre dans le genre perdition et désespoir. 

    Olivier Maillart – J’avoue ne pas avoir lu celui-là. Histoire de l’œil m’a ennuyé. J’ai par contre aimé L’Erotisme, certains textes politiques, d’autres sur Nietzsche, et puis évidemment La Littérature et le Mal, Lascaux, Manet…

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