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01 - Nuit à Saint-Philippe du Roule

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APOCALYPSE PARVULESCO

 


A Edith Cottrell

 


« Là où croit le péril croit aussi ce qui sauve. » Hölderlin



Nuit d’épouvante. Paysages hantés. Ombre qui parle. « Chose » qui s’avance dans le noir. Petites filles perdues. Chien égaré. Danger imminent. Ravin. Mais là où croit le péril croit aussi ce qui sauve. Sens aux aguets. Ce n’était qu’un rêve médiumnique. Le premier d’une longue série. Désormais, tout le sens de l’univers creuse en soi. Le cosmos fait de l’entrisme. L’Histoire passe dans le quotidien. Et le roman conspirationniste se met  en route. 

Il y a des missions secrètes à accomplir. Des conflagrations planétaires à effectuer. Des Passages à ouvrir. Des femmes fatales à croiser. On est un James Bond de l’occultisme ou on ne l’est pas. Au lecteur d’accepter ce Passage et d’en faire partie.

 « Vais-je pouvoir tout raconter ? Est-ce vraiment la chose à faire ? La peur comme une chemise de feu, la peur comme une chemise de glace. Car j’allais être témoin de quelque chose d’infiniment terrible, éprouvant, je le savais. »

 Tout se passe entre Saint Philippe du Roule et les Buttes-Chaumont. Dans une église, des spectres – et peut-être une femme nue. Vitrail en miette. Noir métaphysique. Ici, les versets servent le complot mystique. Parfois, avouons-le, cela vire un peu DaVinci Code – mais pourquoi s’en priver ? Le boniment fait partie de son art. Léon Bloy et Padre Pio accompagnent Eliphas  Lévi et Julius Evola. C’est qu’il s’agit de vendre la mèche - mais laquelle ? Celle du Grand Monarque qui serait né à Paris le 13 mai 1957 et qui, selon les milieux royalistes, sauverait bientôt la France, l’Europe, le monde ? Celle de la petite fille née deux siècles après la première guerre mondiale mais qui par sa prière aurait, selon Léon Bloy, décidé de la victoire de la Marne - le temps n’existant pas pour Dieu ? Où sont-ils ces témoins de l’invisible ? Ces revenants solaires ? Ces providentialistes d’ailleurs ? Ces mages de la Parousie ? Qu’importe, l’essentiel est de comprendre que la parousie est en soi – et donc en moi :

 « J’ai compris que l’heure venue, le miracle le plus inconcevablement inattendu va devoir se produire, un miracle qui sera lui-même constitué par la somme de certains autres miracles me concernant personnellement et qui, lui, le miracle suprême, sera, en fait, celui du Retour des Grands Temps : le miracle cosmique, de dimensions métagalactiques, abyssales, qui a pour nom Paravrtti, ou le Renversement final. Aussi, en attendant, il ne me reste plus qu’à me répéter au fond de moi, jour et nuit, indéfiniment, ma propre prière du cœur secrète, Jésus-Christ ressuscité des gouffres de la mort, sauve-moi.»

 Au début, on trouve tout cela un peu ridicule. On réagit en moldu ou en orthodoxe psychorigide - car enfin, cette manière de faire de la magie avec le christianisme n’est pas très catholique. Qu’est-ce que c’est que cette façon de réintroduire le mythe dans la Bible qui l’avait précisément aboli ? Non, non, ce Parvulesco est décidément un drôle de bonhomme, un homme dangereux, comme le lui dira Mitterrand lui-même lors d’une improbable rencontre. Pourtant, le charme finit par opérer et après une centaine de pages, toutes aussi loufoques que profondes, on est à deux doigts de croire que ce gros livre orange et jaune fait de nous un élu. Composé lui-même comme un mystère, le texte se présente comme une suite de chiffres qui se suivent ou non, aphorismes, citations,  petits récits intimes, rencontres, rêves, souvenirs, digressions, déjeuners chez Lipp. On ne lit pas tout mais on souligne tout ce qu’on lit.

Surtout les énormités : l’axe Paris-Berlin-Moscou-New Delhi-Tokio contre l’axe arabo-américain, vieille idée « gaulliste » qu’il s’agit de refonder afin que s’accomplisse le grand projet de l’auteur, à savoir la réconciliation de l’église catholique et de le l’église orthodoxe. Rome et Constantinople enfin dans les bras l’une de l’autre. Nouveau règne chrétien qui aura raison, avec ses alliés hindouiste et taoïstes, de tous les ennemis de l’Occident et d’ailleurs du monde que sont  en premier lieu protestants et musulmans, les premiers subventionnant les seconds. Car la guerre entre « la superpuissance impériale océanique américaine » et « la superpuissance impériale continentale eurasiatique » est totale. Le tort de Jean-Paul II aura été de trop faire dans le social, le Tiers-Monde au lieu de s’occuper du destin du nouvel empire eurasiatique à venir et qui, si tout se passe bien, pourrait voir son avènement dans le retour de Sainte Sophie, enfin libérée du joug musulman, remise au centre, et même « à l’avant-garde de l’histoire ». Pour cela, il nous faut activer la révolution catholique, seule digne de ce nom – et ce que Benoît XVI semble avoir compris. Bientôt aura lieu la résurrection philosophique de la Tradition. L’Histoire enfin tantrique.

 Et cet activisme suprahumain se passe en Colchide. Nous, élus, initiés, sorciers, vampires, royalistes, contre-révolutionnaires, alchimistes, lecteurs de la gnose, amateurs du Grand Tout, descendants de Salazar Serpentard ou de Nicolas Flamel, ou simplement doux rêveurs, poètes sans oeuvre, pornocacographes, sommes clandestinement en Colchide – et notre mission est de ramener la Toison d’or dans l’espace profane. Notre mission est de réenchanter le monde qui n’a jamais été aussi triste depuis deux siècles. Sacraliser en un formidable syncrétisme tout le profane. Réouvrir l’espace nuptial de l’occulte et de l’intime. Et comme aurait dit l’autre, réinventer l’amour.

 

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