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Benoît XVI (2005 - 2012) - Page 6

  • Habemus papam II

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     [Second volet de mon post de 2005 sur Le sel de la terre, commencé ici]

     

    Le catéchisme va continuer, je crois. Dieu ----> le monde -----> le moi, ça risque d'être ça mon rythme. Théos ---> Cosmos ---> nombril. Mon harmonie préétablie à moi. De la cité de Dieu aux souvenirs d'égotismes, des confessions d'Augustin à celles de Rousseau, de l'Esprit Saint à Peter Pan.

    Pour l'heure, et avant d'arriver à la fée clochette, je reprends Le sel de la terre de Joseph Ratzinger et de Peter Seewald. Je témoignerai pourquoi je suis croyant, au moins une minute par jour, qu’est-ce que j’aime là-dedans, qu’est-ce que j’aime haïr aussi dans cet Amour, pourquoi j'ai besoin de tout ça. Ma méthode, c’est de rebondir sur telle ou telle déclaration du cardinal, digresser sans complexes, repartir, revenir, redire éventuellement et différemment, zigzaguer, et sinon écrire droit avec des lignes courbés, écrire courbé avec des lignes droites.

    J’ajoute que ceux qui m’ont déjà lu ailleurs risquent d’être déçus, vu que je m’en vais répéter les mêmes choses – avec la sérénité de dire les choses comme on les entend, chez soi, et sans avoir peur de dégouliner de partout comme ils disent chez Consanguin.

    Et d'abord, tous les Dieux ne se valent pas.

    « [Toutes les religions] ne sont pas égales. Il y a des différences de hauteur, et il y a des religions qui sont manifestement malades, qui peuvent être aussi destructrices pour l’homme (…) Prenons par exemple l’Afrique, où la croyance aux esprits demeure un grand obstacle pour le développement du pays, pour l’édification d’une structure économique moderne.(…) Et nous pouvons voir aussi que dans le cosmos de la religion indienne, il y a des formes fort différentes : certaines sont très hautes, pures, marquées par la pensée de l’amour, d’autres aussi sont très cruelles et comportent des rites meurtriers. (…) En un mot, même les dieux ne sont pas tous égaux, il y a des figures divines entièrement négatives, si nous pensons aux dieux grecs ou par exemple au cosmos religieux indien. »

    On dit partout aujourd’hui que c’est l’économique qui précède le politique – et le disant, on a l’impression de toucher là une réalité impitoyable qui fait éclater tous les idéalismes hypocrites, mais ne serait-ce pas le théologique qui précède l’économique ? J’ai toujours beaucoup de mal avec ceux qui prétendent que c’est l’argent qui dirige tout dans notre monde. L’argent dirige tout en Inde ? Au Bangladesh ? En Afrique noire ? M’est avis que ce sont plutôt les vaches ou les crocodiles qui sont les premiers décideurs là-bas. Et chez nous, ce n’est pas tant l’argent qui importe que la philosophie que nous avons de l’argent. Toujours revenir à l’élémentaire – c’est-à-dire au spirituel. Comme le dit Chesterton, avant de plaindre la souris qui est mangée par le chat, il faut s’interroger sur la philosophie de la vie de la souris – et si celle-ci est schopenhaurienne, alors elle ne sera pas forcément mécontente d’être mangée.


    Bref, il s’agit de savoir si le fait de gagner de l’argent est bien ou mal. Si vous êtes protestant, c’est bien – car la réussite sociale est le signe que vous êtes un élu ; si vous êtes catholique, c’est mal ou plutôt c’est compliqué, car l’argent que vous avez gagné, va falloir le partager, et comme il n’en est pas question, eh bien, va falloir souffrir avec.

    Islam

    On y reviendra souvent au troisième monothéisme – que ses soumis considèrent, sous prétexte qu’il arrive en dernier, comme l’accomplissement d’Abraham, alors que sur tous les plans, moral, existentiel, théologique, il n'est qu'une régression et le plus brutal retour à la Loi qu’on ait vu dans l’histoire des religions. L’on se contentera de dire aujourd’hui qu'en terre d'Allah, Dieu est César, le Coran est dicté par Allah et ne peut pas par conséquent être "interprété" (alors que la Bible est inspirée par Dieu et de fait permet toutes les exégèses) et que surtout, la grande différence entre Mahomet et le Christ, c’est que l’un crucifie et l’autre se fait crucifier. L'un tue, pille et viole, l'autre fait ressusciter les morts, multiplie le pain et le vin, console les affligés. Et tout à l'avenant : le fanatique chrétien qui torture au nom de Christ trahit manifestement la parole du Christ, alors que le fanatique musulman qui torture au nom de Mahomet accomplit pleinement sa parole.

    La croix et Auschwitz.

    «Je dirais que la croix résume presque à l’avance l’horreur d’Auschwitz »

    Sauf qu’aujourd’hui, dans les esprits, Auschwitz a remplacé la croix comme symbole de la souffrance. Aragon le chantait naguère :

    "Auschwitz Auschwitz, ô syllabes sanglantes (...)
    Limites de la faim limites de la force
    Ni le Christ n'a connu ce terrible chemin
    Ni cet interminable et déchirant divorce
    De l'âme humaine avec l'univers inhumain."

    Comme si la théologie chrétienne avait cédé la place à son aînée juive. Le martyr du peuple élu plutôt que le martyr du Fils. Auschwitz non assimilable par le Golgotha. A-t-on le droit de ne pas être d'accord ? Comment ? Le Christ serait venu emplir les souffrances de Sa présence – sauf précisément celle-là ? Le Christ serait étranger aux camps de la mort ? Georges Steiner affirme qu’il n’y a rien de plus indigne que de se consoler en disant que dans cet enfant que l’on torture, Dieu est cet enfant. Ce genre de raisonnement relève, dit-il à la fin d'Errata, d’ "un pathos anthropomorphique plus ou moins nauséeux". On peut comprendre cette révolte. On peut insulter Dieu, le nier, lui préférer le diable. On peut tout faire. Et pourtant, si Dieu n’est pas cet enfant, qui est-Il ? Et cet enfant torturé, que devient-il ? Ne sera-t-il pas même sauvé ? Brûlé et anéanti à jamais ? N’est-ce pas à ce moment que le Christ peut surgir ? Que restera-t-il à celui dont on tue le père et la mère et qu'on laisse crever à petit feu si on ne peut lui expliquer que Dieu les accueillera tous les trois ? A leur souffrance, vous voulez ajouter votre néant ? Ses hurlements, vous voulez que personne ne les entende ? Et si Dieu les entend et recueille le petit ? Non ? Consolation anthropomorphique, nauséeuse et irrationnelle, dites-vous ? Peut-être, mais qui vaut bien votre désespoir d’intellectuel…

    Liberté.

    « Je suis très fermement persuadé que Dieu nous voit réellement et qu’Il nous laisse notre liberté – et pourtant Il nous conduit aussi. (…) Pour moi, d’un point de vue pratique, cela signifie que ma vie ne se compose pas de hasards, mais que quelqu’un prévoit et me précède et pense à moi d’avance et arrange ma vie. Je peux me refuser à cela, mais je peux aussi l’accepter et je remarque alors que je suis vraiment conduit par une lumière prévoyante. »

    Comment concilier la liberté « absolue » que Dieu nous accorde et Sa présence qui nous accompagne tout le long de notre vie ? Comment être existant et créé ? Comment voire Dieu ? Rien de plus simple, en vérité. Il suffit d’être humble un instant, baisser la tête et apercevoir notre ombre : elle, c’est Lui.

    Comment surtout, c’est mon problème, ne pas se damner ? Longtemps j’ai haï cette soit-disant liberté qui, à mes yeux grands fermés, n’était bonne qu’à chuter, qu’à perdre son âme. Ce que je me disais à l'époque et que je me dis encore de temps en temps est que si l’enfer existe, c’est sûr que j’y vais. Aucun amour ne tiendra devant ma haine, mon orgueil, ma paresse. Trop d’effort pour vivre. Pour moi qui veux tout tout de suite et qui pour cela n'aura rien jamais, autant se suicider. Au moins, je prouverais que Dieu a perdu – car si je suis en enfer, Dieu aura perdu. J’aurais prouvé que Sa miséricorde n’est pas infinie, que son Pardon ne vaut rien, que Son amour a trouvé son point d’achoppement. J’aurais fait pleurer Dieu. Je lui aurais montré son impuissance, son hypocrisie, sa méchanceté sournoise, sa saloperie intégrale. Et puisqu' Il a prononcé cette phrase ignoble « beaucoup d’appelés et peu d’élus », il y a des chances pour que je ne sois pas seul en enfer, il y a des chances pour que nous y soyons presque tous. La damnation, c’est la défaite de Dieu et le triomphe de l’homme. Si Tu n’es pas content, Tu n’aurais pas dû nous mettre au monde. Pour notre bien, Tu aurais dû nous avorter. Ton seul pouvoir, maintenant, c’est de nous brûler vifs éternellement, c’est de s’attaquer à notre corps, nous démembrer, nous faire hurler pour l’éternité, car Tu n’es qu’un bourreau dans le fond, mais nos âmes, Tu ne les auras pas.

    Mais un jour, Tu m’as appelé. Le mardi ou le mercredi de la semaine sainte 1996. J’étais au plus mal dans ma vie, j’avais vidé une bouteille de Label 5 (le pire whisky de la création), j’avais déliré toute la nuit, je T’avais insulté pendant des heures, je m’étais réveillé en sang (pas assez pour aller à l’hôpital, pauvre bouffon que j’étais !). Et j’ai eu envie d’aller me confesser – ce que je n’avais pas fait depuis ma communion solennelle. Saint Léon, 1, place du Cardinal Amette. C’est là qu’on a célébré la messe de la mort de mon grand-père et c'est là que j’ai été baptisé. Retour de la brebis galeuse en quelque sorte. Le prêtre m’a reçu. Homme franc, massif, de la vieille école, rude et fin. Il m’a consolé. M’a dit d’aller lire le Quinze de Saint Jean, le cep et les sarments. J’ai racheté un Nouveau Testament. La semaine s’est passée. Vendredi saint, office de la croix. La première fois que j’y assistais. Embrasser le pied du bois. Saisissant. Samedi, je suis retourné voir le prêtre. Il m'a dit "alors ?". Et dimanche, la messe de Pâques, vécue avec effroi et jubilation. Première communion de ma vie d’adulte. En me donnant l’hostie, le prêtre m’a souri, « tu vois ! ». Je suis rentré chez moi. Le soir, je me suis rendu compte que je croyais. Non en Dieu, mais en Son amour. Car, la foi, ce n’est pas croire en Dieu, c’est croire qu'Il m'aime.

    « Le principe de la foi, c’est d’accepter d’être aimé de Dieu. » dit encore ce génie de Ratzinger.

    Et qu’est-ce qui me faisait croire ça ? C’est que ça ne venait pas de moi. Ca venait d’ailleurs. Ca m’avait appelé d’ailleurs. C’était quelque chose de plus fort que moi, quelque chose, donc, qui était, qui m’avait repris, autrement dit, qui ne m’avait pas laissé libre de sombrer encore plus. C’est pourquoi j’ai du mal avec cette notion de liberté absolue. Si j’avais été totalement libre, je ne me serais jamais converti de moi-même. Il a fallu que quelque chose se passe en moi et dont je n’étais pas responsable - on dira que c’était ma « volonté intérieure ». Peut-être, mais en tous cas, je n’ai rien vu venir. Aurais-je pu refuser à cet appel ? Est-on libre de dire « non » à tout le « oui » que vous sentez en vous ? On ne choisit pas d’être appelé – pas plus que l’on choisit ce qui nous fait bander. La foi, ce n’est pas mon choix. C’est le Sien. Mon choix, c'est essayer d'être à la hauteur du Sien.

    Mozart

    « Il m’émeut toujours aussi intensément, parce que sa musique est si lumineuse et en même temps si profonde. Ce n’est jamais un simple divertissement, tout le tragique de l’humanité y est contenu. (…) Je pense que Dieu a mis cela en l’homme. L’art est avec la science le plus haut de ses dons. »

    De Mozart, j’aime à dire qu’il est, après le Christ, le premier homme de l’humanité. Et dire que je vais avoir trente-cinq ans…

    Vérité.

    « Le renoncement à la vérité ne résout rien, mais conduit au contraire à la dictature de l’arbitraire. Tout ce qui peut rester ensuite est décidé par nous-seuls et est interchangeable. L’homme se dépouille lui-même de sa dignité s’il ne peut connaître la vérité, si tout n’est que le produit d’une décision individuelle ou collective.»

    La vérité n’est pas démocratique. La vérité n’est pas une opinion. La vérité n’est pas un point de vue – car, comme le disait Clint Eastwood dans un Inspecteur Harry, le point de vue, c’est comme le trou du cul, tout le monde en a un. Surtout, la vérité n’a rien à voir avec le sentiment juste ou l’idée généreuse. D’ailleurs, ce sont les sentiments qui devraient être généreux et les idées qui devraient être justes. Voilà ce qu’on pourra dire de plus radical contre la modernité qui ne veut que des sentiments exacts et des idées justes, l'infâme connasse.

    Equilibre

    La théologie où tout se fait par échos, reflets, analogies, où la création est vue comme un puzzle infini, où les contradictions ne sont que des paradoxes et les conflits des obscurités qu’il convient de clarifier, n’est-elle pas comme ce Jeu des perles de verre, le grand roman de Hermann Hesse cité deux fois dans ces entretiens ? Le catholicisme n’est-elle pas la religion baroque par excellence ? La difficulté d’en être le gardien dogmatique implique la rudesse disciplinaire au nom de la finesse doctrinale, la rigueur de la lettre au nom de la vigueur de l’esprit. Catholique, vous pouvez être quiétiste, janséniste, jésuite, dominicain, franciscain, il y en a pour tous les goûts, toutes les sensibilités. Et il suffit d’un coup de vent pour que l’édifice s’écroule. Là-dessus, Chesterton a tout dit :

    « Je veux parler des guerres monstrueuses à propos de points mineurs de la théologie, de séismes émotionnels provoquées par une geste ou une parole. Question de millimètre ? Mais un millimètre est tout quand vous établissez un équilibre. L’Eglise ne pouvait sur certains points se permettre de dévier d’un cheveu si elle voulait poursuivre son expérience hardie d’équilibre instable. Qu’elle laissât une seule fois une idée perdre de sa force, une autre idée en eût pris beaucoup trop. Le berger chrétien ne conduisait pas un troupeau de moutons mais un troupeau de taureaux et de tigres, d’idéals terribles et de doctrines émouvantes, chacun assez fort pour se muer en fausse religion et dévaster le monde. Rappelez-vous que l’Eglise se lança précisément dans des idées dangereuses ; elle fut une dompteuse de lions. L’idée de naissance à travers un Esprit Saint, l’idée de la mort d’un être divin, du pardon des péchés, ou celle de l’accomplissement des prophéties, sont des idées, n’importe qui le comprendra, qu’il suffit d’un rien pour tourner en blasphème ou férocité (…) Une petite erreur de doctrine eût creusé des brèches énormes dans le bonheur humain. Une phrase mal formulée sur la nature du symbolisme eût brisé les plus belles statues de l’Europe. Un lapsus dans les définitions pouvait arrêter toutes les danses ; dessécher tous les sapins de Noël ou briser tous les œufs de Pâques. Les doctrines devaient être définies en de strictes limites, ne fût-ce que pour permettre à l’homme de jouir des libertés fondamentales de l’homme. L’Eglise devait monter la garde, ne fût-ce que pour permettre au monde d’être insouciant. » (Orthodoxie, p 152)

    C’est cela qui est séduisant chez Ratzinger, son aptitude à tenir tous les fils, à nuancer sans cesse (« cet enfer qu’on appelle nuance », disait Nietzsche), à rétablir constamment, à orchestrer en permanence. Bien plus équivoque que Jean-Paul, Benoît.

    Le Loup des Steppes

    Un de ses livres favoris, dit-il. Et dont l’interprétation n’est pas celle, on s’en doute, des beatniks qui voulaient voir en Harry Haller l’homme de toutes les libertés et de toutes les expériences. Au contraire,

    « il s’agit, à vrai dire d’une seule personne, mais elle se scinde finalement en tant de personnages multiples que cela se termine par une auto-dissolution. L’extension du moi signifie ici aussi sa destruction. (…) Je n’ai pas lu ce livre comme l’histoire d’un personnage auquel je pourrais m’identifier, mais comme une clef permettant de pénétrer en visionnaire et d’exposer la problématique de l’homme moderne, isolé et qui s’isole. »

    Vouloir être multiple, c’est vouloir mourir sans le savoir. La multiplicité ne vaut que par l’unité. Et Harry Haller se dissout jusqu’au bout. Il va en enfer, c’est écrit dans le texte. Comble d’ironie, l’homme qui le perd, ce « Mozart qui l’attend » est précisément le contraire du musicien élévateur d’âme. Le diable a profané le plus noble nom du monde.

    Vatican II

    Pourquoi Ratzinger, après y avoir largement contribué, a-t-il pris ses distances avec Vatican II et parlé même d’un « esprit malfaisant du concile » ? Parce que Vatican II, qui était fait pour dépoussiérer ET renforcer la foi, a été récupéré par l’esprit du temps qui n'a voulu voir dans celui-ci qu’une adaptation avec le siècle. L'erreur fut de croire qu’une église « ouverte » allait regagner du terrain. Comme toujours, on a tout perdu en voulant tout gagner. La crise des vocations date de là. En se retournant vers leurs ouailles et en tournant le dos à Dieu, les prêtres ont transformé les offices en conversations mondaines. Jésus est devenu un pote qu’il ne faut pas toucher et l’Eglise une communauté humaine sympatoche de plus mais sans plus. Au fond, nous sommes redevenus des ariens – des gens pour qui le Christ n’est qu’un homme trop humain. Tout le scandale de La Passion du Christ de Gibson, qui a osé montré la part divine du Christ, vient de là. Et c’est pourquoi nous avons besoin non pas d’une nouvelle et énième humanité de l’Eglise mais bien d’une nouvelle divinité de l’Eglise. L’Eglise qui, il faut le rappeler sans cesse, est une volonté du Seigneur.

    « C’est Son église et non la nôtre » n’a cessé de répéter Ratzinger. « L’héritage de ce concile, écrivait-il encore en 1975, n’est pas encore révélé, mais il viendra, j’en suis sûr ». Lui ?

    Hans Küng.

    L’hérétique, ce n’est pas celui qui insulte les chrétiens, c’est celui qui veut être chrétien à la place du chrétien. Il passe pour un esprit fort alors que c’est l’esprit le plus faible qui soit. La plupart du temps, il croit outrepasser le dogme alors qu’il n’y arrive pas à la cheville. L’hérétique, c’est le pleutre, le timide, le tiède qui veut tout ramener à lui et ses petits fantasmes. Exemple : le Christ est homme et Dieu à la fois. Trop compliqué pour l’hérétique qui ne peut supporter qu’une idée à la fois. Alors, si c'est un cul terreux, il affirmera un Christ terreux, c'est-à-dire simplement humain (arianisme), par contre, si c'est un doux rêveur qui prend son dégoût de la réalité pour du mysticisme, il annoncera un Christ simplement divin (marcionisme). De même, le Salut est à la fois affaire de Grâce et d’œuvres. Le catholique comprend ça et tente de correspondre aux deux. Mais pas le protestant qui, sous prétexte d’honorer exclusivement le Seigneur, ne s’en réfère qu’à Sa grâce et oublie qu'il est libre.

    Le génie du catholicisme est de comprendre tous les corps, de sourire à tous les visages, de convenir à tous les esprits. Selon la formule consacrée, l’Eglise est bien « experte en humanité ». Elle répond à toutes les singularités et fait en sorte que celles-ci ne s’annulent pas, ni ne s’entretuent entre elles. Elle est unicité parfaite et a pour principal ennemi l’univocité.

    Inquisition

    medium_inquisition4.jpgPassons sur la réalité historique de l’Inquisition qui faisait que l’on préférait se faire juger par elle plutôt que par les juges d’état.

    « Les gens qui étaient traduits devant un tribunal civil s’accusaient eux-mêmes de délits religieux, magie ou divination, afin d’être traduits devant l’Inquisition, dont ils attendaient en général un verdict relativement doux. »

    C’est dans les prisons royales que l’on torturait, non dans celles de l’Eglise dont le credo moyenâgeux fut qu’elle « avait horreur du sang ». Pour un Torquemada ou un Bernardo Guy, des générations de Samson.


    Et puis, l’Inquisition, comme le rappelle Michel Foucault dans Surveiller et punir, ou Bartholomé Benassar dans L’Inquisition espagnole, c’est le début de la justice moderne. On passe du « jugement de Dieu » à la Lohengrin ("qu’ils se battent, le coupable mourra et l’innocent vaincra par la grâce de Dieu !") à l’ « enquête » menée rationnellement avec sa technique de recherches, de preuves, d’aveux. Mais à quoi bon s’acharner ? Pour les décérébrés, l’Eglise, c’est Le Nom de la Rose. Avec James Bond dans le rôle du gentil curé et Saliéri dans celui du très méchant.

    Fatima.

    Donc, la première prophétie fut la première guerre mondiale, la seconde prophétie, la seconde guerre mondiale, et la troisième... l’attentat contre le pape. Pour l’esprit moderne et le webmaster de Consanguin, c’est l’énormité absolue. Comment oser mettre une tentative d’assassinat d’un souverain pontife au niveau des deux guerres mondiales ? Eh, sans doute, parce que du point de vue de Dieu, le XX ème siècle fut le siècle où le diable a voulu se débarrasser des hommes et de Dieu. Et que nazisme et communisme furent sans aucun doute les deux plus grands attentats de l’histoire du monde contre la Création. Nabe avait raison quand il disait que nous sommes depuis la fin de la guerre dans une époque post-apocalyptique. L’Antéchrist est derrière nous. Et le Christ devant nous. Ce sont les Juifs qui L’ayant loupé il y a deux mille ans Le reconnaîtront cette fois-ci. Le salut par les Juifs.

    Vie

    Aberrations scientistes.

    «…la révolution que l’on veut provoquer contre toute la forme historique de la sexualité aboutit aussi à une révolution contre les données biologiques : il ne doit plus y avoir de données naturelles ; l’homme doit pouvoir se modeler à son gré, il est libéré de tout ce qui le borne : il se fait lui-même ce qu’il veut, ainsi seulement il est réellement libre et libéré. (…) Il s’agit en fin de compte d’une révolte contre notre caractère de créatures. L’homme doit être son propre créateur – réédition moderne de l’antique tentative d’être soi-même Dieu – comme Dieu. »

    PMA, GPA, en attendant le clonage. C’est le nazisme soft de l’époque. Droit de vie ou de mort sur les individus à venir, suppression des handicapés « prévus », sélection et cuisine des gènes, eugénisme de circonstance. Ca me fait mal de l’avouer, mais j’en suis de ce nazisme, comme vous.

    Je ne vois pas en quoi faire de la vie avec de la vie est mauvais. Je ne vois pas en quoi ce qui soulage est mauvais.

    Je ne suis pas d’accord avec Mère Térésa quand elle disait qu’avorter est le pire des crimes et que si les occidentaux ne sont plus capables de mettre au monde et d’élever des enfants, elle et sa bande de magdeleines sisters s’en occuperont. Je ne veux pas que mon enfant soit élevé par quelqu’un qui préfère la douleur à la mort.

    Je ne suis pas d’accord avec le pape quand il parle de « culture de mort ». Ou plutôt, je suis d’accord avec lui, mais je préfère ma « culture de mort » à sa « culture de tortionnaire ». Dans certains cas, mieux ne vaut pas naître plutôt que d’être crucifié par la vie. Je suis un occidental pour qui la vie est un concept d’Evelyne Thomas.

    Ecrivant cela, je sais bien que mes « amis » cathos vont rugir. Et pourtant, ce n’est pas eux que je crains. Non, ceux que je crains, ce sont les gens du Tiers-Monde, Africains, Indiens intouchables, Bangladeshiens, qui, s’ils me lisaient, me cracheraient au visage.

    Car ces gens qui crèvent de faim et de misère, la seule chose à laquelle ils s’agrippent plus que de raison occidentale, c’est la vie. Et leur credo, qui est celui de l’humanité éternelle, est qu’il vaut mieux souffrir que ne pas naître. Oh que je les hais ces salopards !

    Fondamentalisme


    Mettons aux chevalets quelques fausses idées. Le concept de fondamentalisme est né tout d’abord dans le protestantisme américain du XIX ème siècle. Il se fonde sur un refus de la hiérarchie romaine et sur « le principe de l’Ecriture seule ». Chacun a le droit de lire la Bible comme il l’entend. Le pape comme Charles Ingalls. Saint Thomas comme Georges Bush La tradition, les Pères de l’Eglise, tout ça est bon à jeter dans l’enfer anti-démocratique. Car, précisément, le fondamentalisme américain est d’essence démocratique. Si une communauté est d’accord pour rejeter le darwinisme, alors démocratiquement, on rejettera le darwinisme. Aux Etats-Unis, le créationnisme ou la peine de mort sont une affaire de vote. Etre démocrate, c’est accepter que la majorité a toujours raison et que si la majorité a décidé que deux plus deux font cinq et bien deux plus deux font cinq et c’est être un fasciste que le contester.

    En France, aussi, nous avons eu nos Lefébvristes. Mais eux ne rejetaient pas Darwin et l’algèbre, ils voulaient parler en latin, et ce qu’ils reprochaient au Vatican n’était pas d’être trop autoritaire, mais au contraire de ne pas l’être assez. Au final, ils furent excommuniés comme avait été excommuniée l’Action Française en son temps. Intégriste l’Eglise catholique ? Pour les désintégrés, peut-être, les consciences ravagées, les zombies, les post-modernes, les cathares 2013.

    Célibat des prêtres

    Plus que le pasteur, le prêtre catholique impressionne. En renonçant à ce pour quoi la plupart d’entre nous se damnerait, il sacrifie cette part essentielle de lui-même et témoigne de la force surhumaine que donne aussi la foi christique. Car c’est bien d’une castration volontaire dont il s’agit, un sacrifice réel et symbolique destiné à rappeler le sacrifice du Christ, en même temps qu’un appel à dominer la nature. Le voilà, le vrai surhomme ! Celui qui n’est plus dépendant des instincts. On répondra que ce ne sont là que des foutaises et des foutaises dangereuses qui font qu’on trouve tant de pédophiles dans l’Eglise. Personne ne nie ces scandales. Il n’empêche qu’un homme qui sacrifie en lui sa part d’humanité la plus exigeante est encore ce qui en impose le plus. Pourquoi ? Parce que la résistance à la nature est la sainteté. Parce que renoncer au sexe, c’est aussi trouver la paix. Les moines bouddhistes et le Dalaï Lama ne disent pas autre chose. Eux aussi ont renoncé au désir – sauf qu’eux ont bonne presse, on se demande bien pourquoi.

    D’autre part, comme le rappelle André Frossard, ce sont les prêtres eux-même qui ont décidé il y a des siècles d’instituer leur célibat. Et c’est à eux que leur revient de régler leur statut - non à l'homme de la rue, faillible et influençable. Enfin, c’est le Christ Lui-même qui a dit que

    « certains se feraient eunuques pour le royaume des Cieux ».

    Encore une fois, tout le monde n’est pas appelé à devenir prêtre – et c’est, je crois, cela qui fait que cette question soulève un tollé chez les laïcs. Ils ne comprennent pas ce privilège de l’appel. Ils refusent que des êtres humains soient plus forts que d’autres. Ils sont dégoûtés de voir qu’existent des hommes et des femmes capables de faire des choses qu’ils ne pourraient même pas imaginer en rêve. Les pauvres.

    Avortement (cf. « vie ».)

    « Pour régler une situation de conflit, un être humain est tué. Et le conflit n’est jamais réglé. »
    Mais si, il l’est ! C'est bien ça le drame.

    Je suis pour l’avortement dans tous les cas. Celui de la femme violée ou malade, mais aussi celui de la pouffiasse qui en est à son sixième IVG parce que la pilule, ça fait grossir. Une telle créature ne mérite de toutes façons pas de porter un enfant en son sein siliconé. Sans doute faudrait-il la sanctionner (surtout dans nos pays où l’avortement est, malgré la contraception remboursée par la sécurité sociale, devenu un phénomène de masse), car l'avortement ne saurait être qu'un mal nécessaire, mais on ne peut obliger une femme qui ne veut pas être mère à l’être malgré elle.

    Le problème, avec les anti-avorteurs, c’est qu’ils donnent l’impression que pour eux, la vie commence à la conception et se termine à la naissance. Le reste, ils s’en foutent. Le bien-être de l’enfant n’est pas leur problème. On arrache l’enfant au ventre de sa mère, celle-ci peut crever, et son bébé jeté à la poubelle peut grandir dans la poubelle, du moment qu’on a accouché, c’est l’essentiel, suivant !

    L'avortement est un mal nécessaire.

    Acquis sociaux

    « Nous devons reconnaître aussi que le christianisme a toujours libéré les grandes forces de l’amour. (…) Goethe a dit : « Vint alors le respect envers ce qui est au- dessous de nous. ». De fait, c’est grâce au Christianisme que l’on a réglementé le soin des malades, pris en charge les faibles et créé toute une organisation de l’amour. »

    Qu’un homme égale un homme, c’est la grande invention chrétienne – avec la définition de l’individu, l’égalité des sexes, le pardon des crimes, la révolution sociale, et la laïcité ("il faut rendre à César..."). Et l’on sait que c’est à la célèbre Lettre à Philémon de Saint Paul que l’on doit la future suppression de l’esclavage. A ceux qui rétorquent méchamment qu’il a fallu des millénaires pour établir tout ça concrètement et qu’encore ce n’est pas fini, on répondra qu’en effet, il a fallu des millénaires pour faire le bien et qu’il en faudra encore.

    Avenir de l’Eglise.

    « L’Eglise, elle aussi, nous en avons déjà parlé, prendra d’autres formes. Elle ressemblera moins aux grandes sociétés, elle sera davantage l’Eglise des minorités, elle se perpétuera dans de petits cercles vivants, où des gens convaincus et croyants agiront selon leur foi. Mais c’est précisément ainsi qu’elle redeviendra, comme le dit la Bible, « le sel de la terre. »

    medium_cardinal_ratzingerc.jpgEn attendant la réconciliation des peuples pour laquelle Jean-Paul II a tant fait et à laquelle le futur Benoît XVI ne croit pas tout de suite. La voilà la vraie différence entre les deux.

    « Le pape [Jean-Paul II] espère beaucoup, en fait, qu’à un millénaire de séparations suivra un millénaire d’unifications. Selon, disons sa vision, le Ier millénaire chrétien était le millénaire de l’unité chrétienne (…) Le II ème millénaire a été celui des grandes divisions. Maintenant, juste à la fin de celui-ci, nous pourrions, dans une grande réflexion commune, retrouver une nouvelle unité. Tout son effort œcuménique se situe dans cette perspective, qui relève aussi de la philosophie de l’histoire. Il est persuadé que le concile Vatican II, avec son « oui » à l’oeucuménè et son appel à l’œcuménisme se situe dans ce mouvement philosophico-historique. (…) Ainsi le pape est-il habité par l’espoir que les millénaires ont leur physionomie, que toutes les chutes de ce siècle et ses larmes, comme il le dit, seront à la fois recueillies et se changeront en un nouveau commencement. Unité de l’humanité, unité des religions, unité des chrétiens (…) Pour l’instant, je ne vois pas que cela soit encore bien près de nous."

    Amour

    "L’amour, c’est être dépendant de quelque chose qui peut m’être retiré ; il introduit donc dans ma vie un risque de souffrance."

    D’où la haine que peut inspirer l’amour. Pourquoi aimer puisqu’on peut jouir sans aimer, puisqu’on peut prendre la vie comme on prend une pute ? Voilà ce qu’est exactement l’autre voie, l’autre « sens de la vie » : une jouissance indifférente, épicurienne, de l’existence, une bonté réelle mais distante, étrangère, stoïcienne. Plus que le mal, cette sagesse sans histoire est la suprême tentation – et peut-être le mal suprême : être bon sans amour et vivre heureux sans espoir. Qui ne l’a pas voulu un jour ? L’amour crée tant de problèmes ! L’amour, c’est du feu et du sang. Comme on devrait s’en passer…. Mais comme on ne peut pas s’en passer ! Rien à faire : au bout du compte, le néant nous intéresse moins que l’amour. Et le Christ, l’incarnation de l’amour, nous ramène au pied de Sa croix, quoi qu’on fasse. Nous sommes foutus ! nous sommes sauvés !

    Nous t'aurons aimé, Benoît.