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bastien-thierry

  • La tête à Toto (essai d'autoportrait politique)

     

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    A Ludovic Maubreuil qui disait qu'il n'était ni libéral ni sarkozyste, je voulais répondre que je pouvais le comprendre puisque  moi je suis libéral et sarkozyste. C'est que ma droite toquevillienne et mauriacienne admet assez volontiers sa droite (supposée) maistrienne ou maurrassienne - alors que la sienne considère que la mienne l'a trahi. Et c'est un peu vrai. Se dire de la droite  humaine pour faire chier la droite inhumaine, comme écrit Charles Dantzig à propos de Mauriac, quel grand pied ! Que c'est bon de trahir l'intransigeance des gens de la "vraie droite",  de  "la tradition", de "la réaction", surtout quand on vient ! Quelle méchante satisfaction de tourner en bourrique leur côté pur et dur (deux insultes pour moi), antiparlementaire, antidémocratique, antiaméricain, antisémite, et d'un catholicisme qui vous donnerait envie d'être athée ou protestant (bon, là, je dépasse largement le cas de l'ami Maubreuil !).  Un plaisir aussi fort que de passer pour un antimoderne et un inquisiteur aux yeux des gauchistes ! D'ailleurs, je me suis souvent demandé ce que je préférais entre  provoquer la droite dure et  choquer la gauche molle. Profaner la gauche dure ? Peut-être.

    Qu'est-ce qu'ils ont en versé comme larmes les socialistes, ce fameux 21 avril 2002 où Le Pen s'est retrouvé face à Chirac ! On les voyait, au PS, les djeuns, à se tenir embrassés en cercle lacrymal, comme dans une mêlée de rugby, et à chialer tout leur saoul, ne comprenant rien à ce qui venait de leur arriver. On était si gentil, si tolérant, on a tellement fait pour que le monde soit meilleur, et puis ça  ! Détail-man  ! Non ! On n'a pas mérité ça ! C'est quoi ce monde pourri qui n'est pas à notre image ? C'est quoi ce réel dégueu qui vient  nous faire des misères, à nous les bisounours ? C'est drôle. Je ne me vois pas du tout pleurer si un jour Besancenot arrivait au second tour. Je n'en serais pas ravi, ravi, mais pleurnicher comme un ange qui a vu une grosse bête, impossible !  Ca doit être ça, être de droite - ne jamais pleurer en politique. Moi, je trouvais ça assez rigolo, toute cette génération cathare remise un peu à sa place par un réel contrariant. Vingt ans de terrorisme intellectuel et moral qui partaient en fumée ! Vingt ans de moraline sentimentale, de positive attitude, de manichéisme politique expulsés par le grand méchant loup, l'abominable borgne,  Celui Dont On Ne Doit Pas Prononcer Le Nom. Le Pen au second tour, c'était la résurrection du Golem (si j'ose dire), le retour du refoulé, la réhabilitation du négatif. Ce négatif qu'on croyait d'un autre temps et avec lequel on ne voulait plus définir la condition humaine. Voilà ce qui arrive quand on ne croit plus au péché originel ! Il arrive au second tour...

    Bousquetmitterrand.jpgEntre Le Pen et Jospin, honnêtement, je crois que j'aurais voté Lionel, mais entre Le Pen et Chirac, là, ce fut impossible de choisir - et j'ai voté blanc, non sans jubilation mauvaise.  C'est que Chirac était trop agressivement anti-français, trop naturellement europhobe, pour que, même par défaut, même par devoir citoyen, je puisse me retrouver en lui. Comme le montra un peu plus tard le livre que Pierre Péan lui consacra, Chirac fut un type plus ouvert sur les autres que sur les siens, ayant la fibre épidermiquement étrangère, asiatique, africaine, palestinienne, plutôt qu'européenne et française. Un homme donnant réellement  de sa personne et de sa fortune personnelle pour aider tel ou tel chef d'état  tiers-mondiste. Un véritable alter-humaniste, au fond, aimant plus les contrées lointaines que son propre pays. Et d'un anti-racisme tellement violent, tellement viscéral, que là... non, c'aurait été intolérable, surtout pour un repenti commoi moi, de lui apporter ma voix. Il faut l'avouer, devant un Jacques Chirac, chacun de nous apparaît raciste un peu, beaucoup, passionnément, à la folie. Comprenons-nous, le racisme me dégoûte autant que vous, mais disons qu'il m'a fallu vingt ans, moi, pour ne plus en jouir. C'est par expérience et  contact avec l'autre que j'ai appris à aimer ce dernier. La curiosité humaine a été plus forte que mes préjugés, l'humanité plus attrayante que ma famille. De ce point de vue, je me sens plus proche d'un François Mitterrand défilant à dix-sept ans dans une manifestation contre le metissage et mettant toute le reste de sa vie à se construire contre cette barbarie primitive (quoique déjeunant de temps en temps avec Bousquet pour se rappeler le bon vieux temps de la complexité du monde) que d'un Chirac qui a toujours chéri l'être humain et pour qui l'altérité fut naturellement  une source de joie.  "SOS racisme", le premier l'a créé sans doute pour conjurer ses démons, alors que le second l'a incarné mieux que quiconque. Ce que je ne pardonne pas à Jacques Chirac, au fond un bon gars, c'est qu'il n'y a aucune goutte de perversité consanguine en lui, aucune tendance politique inavouable, aucun racisme génétique.  C'est un homme d'une pureté anti-pureté comme on en fait rarement. Son fameux dérapage sur "le bruit et l'odeur" que des imbéciles de rappeurs lui reprochent encore  fut moins un aveu inconscient que le résultat d'un très mauvais calcul électoraliste. Opportuniste en tout, Chirac ne l'a jamais été sur l'égalité humaine. Et d'ailleurs, Le Pen et ses boys ne s'y sont pas trompés en répétant ad nauseam que leur ennemi mortel, ce n'était pas Mitterrand, ce Pétain de gauche, pote à Bousquet et lecteur de Chardonne, mais bien Jacques Chirac,  amateur éclairé des arts primitifs, star du monde arabe, frère du monde entier sauf de la France, n'ayant de français que la tête de veau. L'homme qui ne s'aimait pas, comme disait Zemmour. Il est d'ailleurs extraordinaire de constater que les dieux ont aimé Jacques Chirac en lui accordant la plus grande satisfaction morale de sa vie - battre Le Pen à 82 % ! Il n'est pas donné à tout le monde de pouvoir un jour écraser sans sommation celui qu'on a toujours considéré comme infâme. Chirac, le président le plus naze et le moins nazi qu'on ait eu, Chirac, le droitiste le plus antidroitiste de la cinquième république, Chirac qui n'hésita pas à dire que le "libéralisme était une perversion de l'esprit", aujourd'hui, tout le monde a l'air de  le regretter, sauf moi !

    - Et pourtant, vous êtes comme lui !

    - Pardon ???

    - Vous commencez par dire que ce qui vous botte, c'est de trahir la droite pure et dure, c'est de passer pour un dissident de votre famille,  et après, vous vous en prenez outrancièrement à un Chirac qui a fait la même chose que vous.

    - Oui, mais non...

    - Et vous ne vous en rendez même pas compte, incohérent que vous êtes - encore un trait chiraquien, tiens !

    tintin au congo.jpgToute une vie à se désextrême-droitiser, vous ne savez pas ce que c'est vous, bandes de Gentils, Culs Bénis du Flore, Petits Purs aux Pieds Blancs, tout de suite dans le camp du bien ! Ce n'était pas ma faute, aussi. Chez mamie Pied-Noir, on avait quand même le portrait de Bastien-Thierry dans la chambre. Et l'on sabrait le champagne à chaque anniversaire de la mort de de Gaulle qui nous avait bien floué ("je vous hais, compris ?"). Comme dirait mon oncle, (pas mon grand-oncle de l'OAS, l'autre !) s'il y a tant d'Arabes en France, c'est à cause des Juifs et du décrêt Crémieux (bon, là, je n'explique pas, ça fait tilt ou pas). Et Alfred Dreyfus, c'est pas sûr qu'il soit innocent.  Oui, j'ai entendu, ça, moi, du côté matriciel. Sacrée France réelle ! Du côté spermatique, là, c'était plutôt Tintin au Congo.  Grand-père héroïque. Diable bleu au Chemin des Dames. Grand fonctionnaire de l'AOF. Témoin privilégié d'un âge d'or, aujourd'hui inavouable, dont il me reste,  dans mon studio parisien, deux sièges sacrés africains -  même qu'un jour un électricien black n'a pas voulu monter dessus pour mettre un câble en haut d'un mur.  On a parlé de tout ça avec lui, des colonies, de l'impérialisme, de ce dont on pouvait être fier et honteux selon le point de vue objectif ou niaiseux d'où l'on se plaçait. Je ne crois pas qu'il m'ait regardé bizarrement....

    Eh oui, je viens de tout ça, moi. Comme je le dis dans un film sur les Français qui sera diffusé au cours de l'année  sur une chaîne de télévision (vous en reparlerai), je viens d'un monde où Jules Ferry pouvait affirmer sans peur et sans reproche que les "races supérieures se doivent d'affranchir les races inférieures", et où Paul Déroulède pouvait lui répondre, parlant de l'Alsace-Lorraine :  "J’ai perdu deux sœurs et vous m’offrez vingt domestiques". Ne jamais oublier que c'est la gauche et non la droite qui fut colonialiste pendant la Troisième République, que c'est  elle qui était impérialiste, conquérante, persuadée de son bon droit et de la supériorité de ses valeurs et de ses  Droits de l'Homme qu'il fallait  importer  pour leur bien dans tous les pays du monde - exactement comme la droite bushiste, d'ailleurs. Pas ma faute, je vous dis.

    Eh bien ! Voilà que je vous livre tous mes petits secrets de famille. Sans compter le pire que je vais finir par cracher. Celui pour lequel vous avez commencé à lire ce texte. L'impardonnable, l'inavouable, le dieudonnable, le dieudamnâble. Car les origines "y a bon le pied noir" ne sont pas tout. A un moment donné, il faut bien être dans le réel à soi, c'est-à-dire dans l'isoloir permissif. Mettre sur la table sa consanguinité que l'on a jusque là tenté de cacher par des centaines de sophismes.

    non à LePen.jpgD'abord, il faut rappeler que dans les années 80, la gauche avait pris le pouvoir dans les lycées et les universités - et d'ailleurs ne l'a plus quitté. Né en 70, j'appartenais à la première génération déculturée de France, celle qui ne jurait que par Balavoine, Coluche, Harlem Désir,  Jack Lang  Touche pas à mon pote, Malik Oussékine, Cyril Collard, et le journal Globe ! Qu'est-ce qu'on en a bavé quand on y pense. A dix-huit ans en 88, soit on prenait ses quartiers du côté de l'empire du bien qui commençait avec ses mutins de panurge,  sa révolte subventionnée, son manichéisme encouragé, soit on décidait qu'on allait se la jouer dandy d'extrême droite, royaliste bon teint, "fun fasciste" comme ils disent.  A l'époque, le grand mot d'ordre de la jeunesse  était :  "nous, on fait pas de politique, on est contre Le Pen, c'est tout". Eh bien moi non plus, je ne faisais pas de politique, mais je votais Le Pen, c'est tout. Oh j'ai dû le faire deux ou trois fois - jusqu'aux législatives de 93. Pourquoi Le Pen ? ll suffisait d'avoir un minimum de sens socioculturel pour savoir que c'était le truc défendu à faire à l'époque -  un peu comme le prince Harry et sa croix gammée. Pas plus fasciste que moi, le fils Windsor, mais sans doute aussi énervé par les mots d'ordre "potiste" de notre très normative époque. Lorsqu'en effet l'époque nous rebat les oreilles avec ses impératifs catégoriques, son anti-racisme sans "s" comme disait Pierre Desproges, sa tolérance intolérante, et que du chanteur au politique, du guignol à l'intellectuel, du prof d'histoire à l'animateur de radio libre, tout le monde dit la même chose,  qui n'est pas encore cathare dans l'âme décide de chahuter ce charmant fascisme soi-disant antifasciste. En vérité,  on votait Le Pen dans les années quatre-vingt comme on faisait le coup de poing avec les CRS dans les années soixante. Nos parents s'étaient révoltés contre la loi du père, on se révoltait contre celle, permissive, méga-cool mais obligatoire, de tonton.

    Pourtant, fasciste, vous me croirez ou non, je ne me suis jamais senti tel. J'étais trop individualiste pour cela. J'avais déjà lu Nietzsche et je savais que la plèbe, qui est l'essence du fascisme, est la pire des choses. Et puis, le fascisme, c'est l'action, le sport, la jeunesse - tout ce que je détestais et que je déteste encore. Dans un texte écrit le 1er juillet 1933, et que l'on retrouve dans  ses Mémoires Politiques, Mauriac montre bien que ce sont dans les pays comme l'Allemagne et l'Italie, où "la jeunesse mène le jeu", que le fascisme trouve son meilleur terrain. Les djeuns de hier et d'aujourd'hui sont toujours les premiers qui sont piégés par les idées à la mode, l'apparence de la force, le pouvoir qui les flatte. Comme le dit Mauriac, "quelqu'un l'est a asservis qu'ils ont chargé de penser et de vouloir pour eux." L'instinct de candeur fait le reste.  Un jeune qui veut sa jeunesse, c'est comme un vieillard qui voudrait sa mort. Au fait, vous savez que le Front National fut  jusqu'en 2002 et presque chaque année le premier partie de la jeunesse ? Les djeuns qui défilaient contre Le Pen, en  avril 2002, ils le savaient qu'ils étaient moins nombreux que ceux qui avaient voté pour lui ?

    - Ca va, Cormary, ça va. On se calme là. Votre côté Stauffenberg commence à bien faire. Vous nous expliquez en long, en large et en travers que vous  venez d'un milieu pourri d'extrême droite (mais que vous présentez quand même comme un walhalla wagnéro-serpentard, histoire de vous donner et de nous donner le grand frisson diabolique - là-dessus, vous vous plantez royalement !). Vous faites ensuite passer vos petites tergiversations romantiques ("moi contre eux") pour  un conflit héraklitééen ("Le Pen ou pas Le Pen ?"), et vous vous félicitez à la fin de ne pas être nazi car vos camarades se foutaient de vous pendant la classe de sport. Tout cela est d'une puérilité assez incroyable. La vérité est que vous n'avez jamais eu aucune conscience politique (c'est pourquoi Sarkozy vous amuse),  que vous vous êtes cru et que vous vous croyez encore "littéraire" juste pour faire passer votre médiocrité idéologique, et qu'au bout du compte vous n'êtes  qu'un réac tiède doublé d'un fieffé niaiseux, qui se trouve glorieux parce qu'il dit "arabe" plutôt que "bicot", et qui ne vote plus le Pen pour de simples raisons mondaines !

     

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    C'est vrai qu'en politique, je ne connais pas grand-chose. Je suis l'actualité de loin. Du procès Colonna aux émeutes en Guadeloupe,  je n'ai pas d'avis sur la plupart des événéments. On dit, paraît-il, souvent de moi que l'on ne sait pas ce que je pense. Mais moi non plus, je ne sais pas ce que je pense. Je sens bien qu'il y a de la souffrance, mais de la souffrance, il y en a de tous les côtés, de tous les partis - et c'est vrai que personnellement, j'allais dire : socialement, je suis plus touché par le suicide d'un jeune bourgeois incapable de rentrer dans la vie que  par une famille de douze personnes qui va être expulsée dans son pays d'origine. Alors, quoi ? Non, ce qui m'intéresse,  moi, c'est moins la vie de la cité que la représentation qu'on en donne. La réalité me concerne moins que son interprétation. La seule chose qui  puisse me faire sortir de mes gonds, peut-être, c'est tout ce qui peut menacer la liberté d'expression et l'excellence culturelle (et même si l'une ne va pas forcément avec l'autre) Alors, oui, Islam facial. Oui, Halde, repaire d'enfoirés. Vive Sade et Bunuel ! Vive Ronsard et  Voltaire !  Vive les possédées de Loudun ! Vive Scorsese et sa Dernière tentation du Christ que ma bonne ville de Sainte-Maxime avait cru bon à l'époque d'interdire dans son seul cinéma afin de ne pas offenser les âmes pieuses ! J'avais 17 ans, j'étais en plein dans Les chants de Maldoror, et j'avais envoyé une lettre lautréamonienne et boutonneuse à Nice-Matin dans laquelle je m'élevais contre "cette décision de censure inique, fruit de l'inculture, de la bêtise et de la bassesse", et qui fut  pour ma  gloire publiée par le journal, et à la grande fierté de mon stalinien de prof d'histoire qui pour une fois me félicita, et lut même ma lettre en classe ! Le libre penseur de ma classe de Terminale, c'était moi !

    Ainsi suis-je - entre le dogme et le blasphème, le respect et la profanation, l'outrance et l'esprit sceptique, l'immaculée  conception et les diables. Ecrasons l'infâme. Offensons le fanatisme. Mais agenouillons-nous devant la Vierge. Faisons signe aux anges. Lisons la Bible et  biblions les livres. Et buvons le vin puisque celui-ci est désormais dans le collimateur des hygiénistes.  Par pitié, qu'on ne vienne pas me dire que je suis aussi fanatique que les fanatiques dont je me moque. Ce n'est tout simplement pas vrai.

     

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    Pour le reste, je le répète, je n'en sais rien. Je ne comprends rien à l'économie. Comme je suis philosophe de formation et qu'on m'a expliqué la philosophie du libéralisme et la philosophie du socialisme, je me suis toujours trouvé naturellement libéral. Libéral ordonné, d'ailleurs. Libéral avec garde-fou. Libéral au sens pompidolien ou giscardien du terme, c'est-à-dire dans le sens où il faut privilégier ceux qui prennent des risques, mais non au sens où il faut obliger tout le monde à prendre des risques. Là, je ne suis absolument pas de droite. Si vous voulez jouer à la roulette russe, c'est votre problème, mais ne venez pas nous mettre le canon sur la tempe sous le prétexte fallacieux que vous l'avez mis sur la vôtre. Votre énergie, votre labeur, votre courage professionnel, tout cela est formidable et appelle  récompense - à la seule condition que ces qualités socialement indéniables profitent autant à vous qui le méritez qu'à nous qui ne le méritons pas.  Au contraire, puisque vous êtes plus fort que nous, il est normal que votre force nous serve à nous aussi, nous les faibles, nous les paresseux, nous les dilettantes. Alors, donc, vive les beaux salaires, les belles voitures et les belles villas pour vous  ! Et à nous les arts et les lettres, les bibliothèques et les monastères ! A vous les marchés, à nous La princesse de Clèves... Evidemment, vous nous organiserez des mécénats. Plusieurs fois l'an, nous irons dans vos hôtels,  nous dînerons dans vos restaurants et  nous nous baignerons dans vos piscines, (gratuitement, cela va sans dire), histoire de partager un peu cette divine vulgarité  qui est vôtre et de vous faire profiter de cette  infernale excellence  qui est nôtre - dans la mesure de vos moyens, nous entendons bien. Dans une cité, il est bon que chacun apporte à l'autre ce dont l'autre est dénué. Vous êtes là pour faire du profit, nous sommes là pour donner du sens.

    - L'alliance des maîtres et des clercs ? Serpentard / Serdaigle ? Décidément, tout ce qui commence par "SS" vous botte, vous....

    Musée haut, musée bas 2.jpgOui, l'Etat doit servir à ça : donner aux actifs les moyens d'amortir leur énergie, permettre aux passifs de vivre sans complexe leur passivité. Moi, socialement parlant, je suis très passif. Je n'ai aucune ambition, je ne réclame aucune responsabilité, aucun souci, aucune  intendance. Je ne demande tout au plus qu'un emploi alimentaire et sécuritaire. Un truc humble. Quoique je trouve encore de la vanité à n'être que gardien de musée. Gardien de musée, c'est un métier singulier, unique, et qui fait souvent l'admiration des gens.  Braves usagers qui s'imaginent que l'on connait Manet et Picasso mieux que les autres sous prétexte qu'on s'endort sur notre chaise à côté de leurs immortels chefs-d'oeuvre.  Pour certains d'entre nous, c'est un peu vrai. Nul plus que moi n'a conscience de notre intimité avec l'Olympia, le fifre, l'ours de Pompon.  Mais les autres.... N'allez pas croire quand même que tous les gardiens de musée souffrent d'un syndrôme de Stendhal permanent comme le croit abusivement  Jean-Michel Ribes dans Musée haut, musée bas. Lisez plutôt Le patrimoine de l'humanité, l'hilarant roman de Nicolas Beaujon qui raconte les déboires d'un "agent de contact" se rêvant stard de rock. Mon rêve à moi, actualisé depuis huit ans, c'est de faire partie des meubles du XIX ème siècle.  Gardien de musée, c'est le seul métier qui professionnellement ne vaut rien, et qui symboliquement les surpasse tous. En fait, c'est un des rares métiers mystiques, ou plutôt qui fait délirer le mysticisme des autres - "Oh quelle chance vous avez d'avoir les oeuvres à vous tout seul, et la nuit en plus !" Ce fantasme de l'art dans la nuit...

     

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    Qu'ai-je à me moquer des fantasmes des autres ? Et moi, mon fantasme d'un libéralisme qui fait que tout s'arrange quoi qu'on fasse et surtout quoi qu'on ne fasse pas ? Ma droite oblomovienne, paresseuse, confiante, débonnaire, ce n'est pas de l'utopie par exemple ? Ah si le réel pouvait lui aussi se laisser aller... Hélas pour moi ! Le réel, toujours contrariant, cruel, sadique, demande de l'action, des sanctions, des exécutions. Le réel exige de la roue et de l'écartèlement - ou plus exactement, et pour cesser un peu les métaphores sado-médiévales, le réel exige du sacrifice, du mal nécessaire, de la loi, de la morale, de la raison d'état. Vivre, c'est souffrir, et pour moins souffrir,  organiser la souffrance. C'est cela qui est révoltant. Pas révolté social pour un sou, le droitiste peut en revanche sombrer dans la révolte métaphysique. La mort à crédit. La souffrance des enfants.  La haine de Dieu (ou de la vie, c'est la même chose). Ivan Karamazov. Le dégoût de toutes choses. L'appel du néant rassurant. Le feu follet.

    Pink floyd, the wall.jpgComme j'ai détesté la vie ! Et comme je la déteste encore à bien des égards. Il faut que je l'avoue : pour un "nietzschéen", je déborde de ressentiment et d'esprit de vengeance comme peu de gens. Cette vie qui vomit toujours. Qui s'éjacule à grand jets. Qui mouille à gros bouillon. Cette vie qui est, quoiqu'on dise, quoi qu'on fasse, déploiement de douleur, érection d'injustices, saloperie perpétuelle. S'il y a une chose dont j'étais réellement convaincu à quinze ans, c'était bien de cette volonté de  faire mal qui est le propre de la vie. Dans mes carnets intimes, j'inscrivais en très gros : "HITLER, C'EST L'INCARNATION DE LA VIE !" Un nigaud de la Licra ou de Halde aurait pensé alors que je faisais l'apologie de la barbarie, que j'étais un jeune nazillon, un y a bon le youtre convaincu ! Mais non voyons, c'était exactement le contraire. Hitler, c'était la vie, et moi j'étais juif ! C'est ça qu'on n'a jamais compris chez  moi. Que je faisais tout pour paraître le contraire de ce que j'étais. Les gens sont si tautologiques, si primaires, si heureux ! L'inversion des sentiments, ils ne comprennent pas.  Ecrire droit avec des lignes courbes, encore moins. Mon truc, pour survivre, ç'a toujours été d'avancer en biais comme un crabe - ou un Cancer. De confirmer aux autre ce qu'ils croyaient pressentir en moi. Ah les adultes !  Les normaux ! Les  adhérants ! Quand on me voyait dévorer Sade, on croyait que c'était parce que j'étais sadique, alors que.... Enfin bon, vous savez.  C'est marrant les déviances, d'ailleurs ! Ca prouve au moins que la liberté n'existe pas ! Ca prouve que le sexe, comme la volonté, l'intelligence ou la charité, n'est jamais qu'une question de situation ! Et ça emmerde le reste du monde normal ! Ah recevoir le fouet de la main d'une femme de gauche, si vous saviez ! Plier sous les coups d'une socialocommuniste ! Ségolène avec fureur !  Vous vous rappelez de l'instant SM du débat entre elle et Sarko ? "Avec vous, on ne saurait être qu'une victime consentante", lui avait-il lancé. - Au moins, il y aurait du plaisir, avait-elle répondu sans dessiller. Pire que l'allusion clermontoise entre Giscard et Mitterrand en 74 ! Cher François Hollande,  comme vous avez dû l'aimer votre Royale ! Wanda à domicile ! Comme avez-vous  pu la quitter ? Vous mériteriez dix ans sans cravache ! Remarquez, avec l'âge, on finit par être un peu des deux.

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    Regardez, moi. Avoue ! Avoue ! Avoue que t'aimes être des deux côtés du manche !  Crache-le que la seule chose qui t'amuse est de souiller une femme comme une femme pourrait te souiller ! Echange de bons procédés, n'est-ce pas ? Dialectique sado-idéale pour toi qui dis tout et le contraire.  Comme c'est facile de changer de rôle dès qu'on a le mauvais ! Et puis  ton histoire de liberté qui n'existe pas ! Ca t'arrange, ça, hein, de dire que ce n'est pas ta faute !  Plutôt la génétique que  le  libre arbitre, n'est-ce pas ? Ah comme c'est pitoyable et gerbant, tout ça ! Allez, dis-le nous qu'un jour  tu  arrêteras ce blog et tu en ouvriras un autre,  autrement plus transparent que celui-là, insoutenable même, dégueulasse à tout prix,  à ton image, interdit aux moins de cinquante neuf ans, interdit à toi-même, et que tu appelleras  "fées et fouets" , "Rat et reines", "Mémoires d'une truie", ou bien "Garmonbonzia", ta chère Laura Palmer !

    Pink Floyd, the wall 2.jpg- Le voilà qui vire héautontimorouménos, maintenant ! Nazi et juif. Couteau et plaie. Porcherie et boudin. Et qui se parle à lui-même pour faire genre. Oh Golum, tu nous écoutes là ? On a une bonne idée de titre pour ton futur blog - "à tripes ouvertes", ça t'irait bien ça non ?

    - En fait, ce n'est pas si simple. Comme avec le Joker, rien n'est jamais simple avec moi.

    - Vantard !

    - Non, ce dont je rêve, ce n'est pas de faire mal ou d'avoir mal (sauf, de temps en temps, quand je vais très mal), mais de faire semblant. C'est ça mon truc, faire semblant. Faire semblant de vivre, de croire, d'aimer.

    - Oh peuchère ! Le petit Stavroguinouchet qui fait son asthmatique à la tendresse humaine !

    - Vous ne me comprenez pas.

    - Qu'est-ce que l'on ne comprend pas, Porc Marri ? Que tu te fais panpan-tutu tout seul ? Que tu fais kafka dans ta culotte ? Que tu enfonces des aiguilles dans tes Big Jim ?

    - Non, pas du tout, je vous jure. Ce que j'essaye de faire...

    - Oui, Tord Carrie ??

    - C'est de me décrire tel que je suis, tel que je me fantasme, tel que les autres peuvent me voir, et tel qu'ils peuvent me fantasmer.

    - Quatre avatars pour un gros rigolo comme toi, ça ne fait pas un peu beaucoup ça, non ?

    - Ecoutez...

    - Mais oui, Grand Corps Mourri, on t'écoute. On ne fait même que ça....

    - Il se trouve que j'ai récemment rencontré une fille et que...

    - Zéro plus zéro égalent la tête à Toto.

     

     

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