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blasphème

  • Ici, l'on blasphème.

    Dès la bannière de ce blog. Des écritures sur la croix de Mel Gibson. Et pas n'importe lesquelles. Personne ne m'a jamais demandé de qui elles pouvaient être. Vous ne devinez pas ? Mais de Sade bien entendu. Quelques lignes du divin sur une image du Divin. Les deux pôles de la liberté occidentale : écrire contre Dieu, représenter Dieu. Génie du grand écart. Pouvoir croire et profaner en même temps. C'est cela la liberté, je crois, affirmer et nier. Celui qui ne fait que nier est un nihiliste mais celui qui ne fait qu'affirmer est un fanatique - et un fou. "Le propre de l'Occident est de porter en lui une civilisation capable de se nier elle-même, écrit François d'Orcival dans son remarquable édito du Valeurs actuelles de cette semaine. Une civilisation qui revendique aussi bien l'honneur que la gratuité, autant le sacrifice et le don de soi que le suicide, qui agit au nom d'une valeur suprême conquise sur toutes les autres, la liberté. Le Méphisto de Goethe dit : "Je suis l'esprit qui toujours nie ; et c'est avec justice, car tout ce qui existe est digne d'être détruit...". Et d'ajouter que Méphisto est "l'un des deux lobes de notre cerveau." Oui, nous avons besoin du diable, c'est-à-dire du négatif, de la dialectique, de ce qui va justifier notre oui. La conscience de soi et de l'autre passe par cet éternel retour entre l'être et le néant et qui peut aussi bien s'appeler le rire - ou l'angoisse.

    On ne sait si Jésus a ri. Souri certainement - et d'un sourire que j'imagine d'une beauté extraordinaire, doux, consolateur, régénérant. Mais rire, non, tant le rire est malgré tout associé au diable. En tous cas, on sait qu'Il a connu l'angoisse. L'angoisse d'être Lui-même. La tentation de ne plus vouloir l'être. Ce n'est pas sur la Croix ou même à la sortie du tombeau que se joue le credo de notre monde (pour ne pas dire du monde et s'attirer les foudres du multiculturalisme), mais au Jardin des oliviers, à Gethsémani. Abandonné par Ses disciples qui se sont endormis, le Christ demande à Dieu de ne pas Le laisser s'accomplir, de passer la coupe loin de Lui. A ce moment crucial de Sa vie, Son âme est triste à en mourir. Sans espoir ni salut. Combien de temps le Christ a-t-Il douté de Lui-même ? Combien de temps le Dieu vivant a-t-Il été athée ? C'est le paradoxe inouï du christianisme et que Chesterton a bien vu dans la plus belle page d'Orthodoxie. Un instant, Dieu n'a plus cru en Lui et c'est cet instant qui fait que nous croyons en Lui et que les musulmans n'y croiront jamais. Car il est hors de question pour eux qu'un Dieu doute, pleure, gémisse, se morde la queue au risque de s'annihiler, se fasse lui-même Ouroboros.  Allah est trop grand pour s'incarner. D'ailleurs, dans le Coran, ce n'est pas Jésus qu'on crucifie, mais un compère (Judas, d'après Barnabé). "Ils disent : Nous avons mis à mort le Messie, Jésus fils de Marie, l'apôtre de Dieu. Non, ils ne l'ont point tué, ils ne l'ont point crucifié ; un autre individu qui lui ressemblait lui fut substitué, et ceux qui se disputaient à son sujet ont été eux-mêmes dans le doute. Ils n'en avaient pas de connaissance précise, ce n'était là qu'une supposition. Ils ne l'ont point tué réellement. Dieu l'a élevé à lui, et Dieu et puissant et sage." (IV-156) L'erreur est pour une fois sympathique. Un apôtre de Dieu ne peut être traité comme le dernier des derniers. Mais c'est une pensée primaire : le dernier ne peut être le premier et réciproquement. Le Père ne peut être un Fils et encore moins un supplicié. Cette univocité d'une affirmation toute positive de Dieu, sans Gethsémani, sans Golgotha, caractérise l'islam. Au contraire, comme le disait Malek Chebel dans un article du Point, le dieu chrétien est un dieu de chochottes. Un dieu de bonnes femmes, toujours à chialer à et (faire) culpabiliser. Quelle différence avec le dieu viril, dur et droit, des musulmans - il n'a pas de problèmes de conscience lui et ne doute jamais, Nadine Bébec ! C'est cette impossibilité ontologique de penser la force par la faiblesse, l'élévation par l'abaissement, le Salut par le sang (le sien ! pas celui des autres !) qui marque l'incompatibilité entre le second et troisième monothéisme. Et c'est un dieu bien inhumain à nos yeux de chrétiens que celui qui n'a pas souffert comme un homme. Dans son triple refus de la contradiction, de la négation et de la dialectique, l'islam a peu de chance de trouver le sens de la liberté.  Cette liberté qui nous permet d'avoir la foi et de se révolter contre elle, de nous remettre en question et de ne pas se braquer contre le devenir, de penser contre nous et d'aller de l'avant.  Las ! "Le Prophète est plus cher pour nous que votre liberté et votre démocratie" dit sans rire Abdelaziz Belkhadem, patron du néo-FLN algérien.

    Rire, c'est-à-dire exprimer autrement notre angoisse. Nous rions d'avoir apprivoisé le néant dans notre être et nous ne rions bien qu'avec les autres. Choc des civilisations. C'est bien ce rire que les musulmans, sans humour et sans angoisse, ne peuvent supporter.  Comment ? Vous persistez dans vos amalgames scandaleux ? Vous mettez tout le monde dans le même sac, espèce de salaud ?  Mais non, j'attends simplement les musulmans qui riraient avec moi de leur Mahomet à la bombe - ou qui auraient Les Versets sataniques chez eux, ou qui mangeraient du porc et boiraient du vin. L'impureté alimentaire, voilà bien un archaïsme dont le Christ, entre autres choses, nous a débarrassé - "quand tu es pur, tu ne crains pas de manger des choses impures" écrit Saint Paul qu'il faut toujours songer à réhabiliter. Une caricature "impure" ne gène que ceux qui sont impurs - et qui comme par hasard se croient les plus purs. On mesure le degré d'une conscience à ce qu'elle ne confond pas les mots avec les choses ou les images avec la réalité. Ho les Fils d'Allah, vous entendez ? C'est juste une image ! N'ayez pas peur des images. Grandissez un peu. Un croyant adulte est au dessus de tout ce que l'on pourra dire sur son Dieu et je vous trouve, les gars, singulièrement au dessous du vôtre  ! Surtout que vous n'êtes pas bien habile à plaider votre cause. Comment ? On  représente votre barbu avec une bombe, et la seule réaction qui vous vient spontanément est d'en poser de nouvelles ! On vous dessine un Dieu violent et vous êtes encore plus violents ! Comme dit Vuillemin de Libération, «montrer un mec se torchant le cul avec le Coran, c'est jouer avec sa santé.» Et les "idiots utiles" (comme dit Jean-François Kahn dans Marianne) que vous avez trouvé dans nos rangs,  complices conscients ou inconscients, et qui disent partout qu'eux  n'auraient jamais publié ces horriiiiiiiiibles caricatures (car ils sont hyper responsables !),  sont déjà prêts à porter vos valises. Parfait. Dans le genre "CQFD", on ne fait pas mieux. Inutile d'aller à la télé nous expliquer après que vous oeuvrez pour la réconciliation et le dialogue. L'islam, religion de paix, d'amour, de tolérance, de miséricorde et de liberté ? PROUVEZ-LE !

     

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    Dernière minute : Je tombe sur cet article du Nouvel Obs.com :

    "Soheib Bencheikh contre les actions"

    NOUVELOBS.COM | 14.02.06 | 16:02

    L'ancien grand mufti de Marseille s'est déclaré opposé "à toute action en justice ou manifestation" contre la publication des caricatures.

    "En tant que musulman, mes sentiments et mes convictions sont froissés", a poursuivi Soheib Bencheikh. "Mais si les musulmans veulent vivre et cohabiter avec d'autres religions, d'autres philosophies, dans un espace areligieux qui accueille tout le monde, ils doivent s'apprêter à être choqués de temps en temps. Comme la religion, la liberté d'expression est sacrée. De leur côté, les non-musulmans vont découvrir qu'il existe des yeux et des oreilles musulmanes qui écoutent et qui lisent. Cela se réglera naturellement".
    Soheib Bencheikh a également mis en garde contre les récupérations et a "condamné fermement l'attitude scandaleuse du gouvernement iranien, de nature à confirmer les préjugés et le rejet de l'Islam ainsi que la thèse de la confrontation des civilisations".
    (AP)

    Enfin la lueur d'espoir que nous attendions ! On applaudit des deux mains là et de tout coeur !  Enfin un musulman éclairé, qui plus est une autorité en la matière, qui réagit sainement ! Soheib Bencheikh est  le véritable intellectuel réformiste qui oeuvre réellement pour un Islam moderne -  et bien entendu qui est condamné à mort par le GIA (cf le passionnant entretien qu'il a donné dans Tsim-tsoum). Bravo et merci monsieur Bencheikh !

    Pour lire l'article dans son intégralité : http://permanent.nouvelobs.com/medias/20060214.OBS6387.html

    Lien permanent Catégories : Spectacles sociaux 58 commentaires 58 commentaires Imprimer