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  • 13 - Hérétiques

     

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     « Ce qui est vraiment le propre de l'homme, c'est de vivre historiquement ».

    Deub's / Gauchet, même combat. L'historicité, c'est ce qui permet à l'homme, confronté à sa finitude, de se donner un destin qui est une liberté devant la mort. « Il n'y a de destin, dit Heidegger, que là où un homme s'expose par libre décision au péril de son existence » reprenant à son compte la formule, à mon sens plus profonde, de Pascal : « Craindre la mort hors du péril, et non dans le péril, car il faut être homme. »

    Pour autant, l'Histoire est aussi, d'un point de vue chrétien, le malheur par excellence, la « vallée de larmes », la chute, le résultat du péché originel, dont on aura toujours la tentation de sortir – « un cauchemar dont j'essaye de me réveiller », disait le cher Dedalus.

    Mais puisque nous y sommes embarqués, autant faire de ce cauchemar une méthode pour progresser. Au contraire de la culture grecque, cyclique et tragique du début jusqu'à la fin, ou plutôt du début jusqu'au retour, la culture biblique sera, elle, eschatologique, et progressiste - et donc universaliste, puisque croire au progrès, c'est croire à l'universel, tu entends ça, ma Nathalie Bati en sucre, féminisme compris.

    Ainsi, le christianisme rend l'histoire objectivable et en ce sens, on peut le dire "socialiste". Mince, alors.

    « Avec l'idéologie du progrès, les sociétés basculent de l'hétéronomie par le passé (l'autorité des ancêtres et de la tradition) vers l'hétéronomie par l'avenir (les lendemains qui chantent) ».

    L'homme arraisonne le monde, c'est-à-dire le soumet au principe de raison. Ce principe de raison laïcise le Pater Noster et l'on passe progressivement, historiquement, de l'amour régressif du passé (droite) à à l'amour vindicatif de l'avenir (gauche). Mais aussi de l'espérance à la dialectique, du salut à la poursuite du bonheur, du gros moine médiéval jovial et mystique au curé de gauche tout maigre et tout  psycho-rigide - j'allais dire, de moi à Pierre Boyer.

    Quoiqu'il en soit, c'est contre cette conception linéaire, progressiste et universaliste de l'histoire, « et à l'idée que l'histoire est un mal auquel il faudrait mettre un terme », que s'est le plus constamment opposé Alain de Benoist. Sortir de l'histoire, à ses yeux, signifie, sortir du divers, de l'altérité - pour ne désirer plus que de l'unique, du même, de l'immobile. Si le polythéisme est adultère, le monothéisme est incestueux.

    Et si l'universalisme est totalitaire (qu'il prenne une forme capétienne, jacobine, gaulliste), le régionalisme est, quant à lui, opératoire, marginalités comprises (cathares, sorcières, insurgés de toutes sortes). Tout ce qui, dans l'Histoire de France, a pu aller contre l'absolutisme centralisateur (Camisarts, Canuts, Pastoureaux, Pitauts, Croquants, Nu-Pieds, Gauthiers, Tuchins, Rustauds, Bagaudes, Bonnets rouges, Chouans, Communards) trouve grâce aux yeux de Deub's, l'hérétique.

     

     

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