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delphine lanson

  • Réponse à Maître Eolas sur le mariage gay

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    Origyne du monde (bientôt périmé)

    [http://stephanelallemand.net/repertoire.html]

     


    "Couvrez ce sexe que je ne saurais voir.

    Par de pareils objets les genres sont blessés,

    et cela fait revenir de coupables pensées."

    Tartuffe revisité

     

    L'intérêt majeur de ces deux billets que Maître Eolas, dévôt incontournable de la toile, défenseur des causes gagnées, incarnation parfaite de ce domaine de l'imagination que Jean Giraudoux appelait le droit, publia en deux parties, la première, le 15 janvier, la seconde, le 22, réside dans cet aveuglement légaliste qui ignore la logique du vivant, fait fi de la métaphysique de la chair et viole impunément le sens des mots. A l'instar de ceux qui se sont brouillés avec le réel ou qui veulent le forcer, Eloas accompagne aussi formellement qu'il le peut cette mutation anthropologique qu'est le mariage gay (et qui sera bientôt nécessairement suivi de la PMA et de la GPA, le recours à une mère porteuse étant conjoncturel pour les hétéros stériles mais structurel pour les homos en pleine forme) et dont on peut dire sans exagérer que les conséquences pour l'avenir seront au moins comparables à celles décrites par ce livre visionnaire, et donc réactionnaire : Le meilleur des mondes, d'Aldous Huxley, quoique perceptibles dans trente ou quarante ans, un peu comme l'est aujourd'hui la faillite de l'Education Nationale trente ou quarante après mai 68 et son pédagogisme triomphant.

    Il faut donc les lire dans le détail, ces deux billets d'Eolas, en gardant à l'esprit que Tartuffe, cité précisément par le Plaideur mais hélas à contresens, est toujours du côté du légal. C'est en effet en toute légalité que l'hypocrite peut déposseder Orgon de sa maison, envoyer celui-ci en taule, et mettre sa famille à la rue - et le tout en s'honorant de n'avoir fait appliquer que la loi, toute la loi, rien que la loi. Et c'est contre ce légal violemment immoral qu'intervient l'illégal bienheureusement moral qui chez Molière prend la forme de l'arbitraire royal. Le royal, soit le symbolique, le principe premier, l'Arché contre la saloperie légaliste. L'arbitraire, soit le simple bon sens contre les délires de la raison raisonnante. Tout ce que nous allons essayer de prouver dans cette réponse qui sera nécessairement aussi longue que les deux posts de ce formaliste sans fond qu'est essentiellement Maître Eolas.

     

     [TOUTES LES CITATIONS QUE JE FAIS DES DEUX TEXTES DE MAITRE EOLAS SONT EN LIEN DIRECT AVEC CES DERNIERS SUR SON BLOG]


    mariage pour tous,maître eolas,loi taubira,pma,gpa1 - Généalogies

    Au moins serons-nous d'accord sur un point. Cessons de parler de « mariage pour tous » qui sous-entend que l’on pourrait se marier avec son père, sa mère ou son poisson rouge. Il n’a jamais été question que de mariage gay – et cela, Le Plaideur reconnaît lui-même :

    « D’ailleurs ce n’est pas son nom officiel, c’est le nom que les communicants lui ont donné. Son vrai nom est projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe »

    Ensuite, puisqu’il nous y invite salubrement, ouvrons les livres d’histoire.

     « Il est frappant de constater que le mariage est une des plus vieilles institutions de l’humanité avec la propriété. La liberté et l’égalité sont des bébés à côté : si elles sont pluricentenaires, le mariage, lui, est plurimillénaire. La preuve qu’il remonte aux tous débuts de l’humanité est qu’il existe dans à peu près toutes les cultures et les civilisations, avec les mêmes caractéristiques essentielles : il s’agit de l’union d’un homme et d’une femme, exclusive (des cultures connaissent la polygamie, la polyandrie, ou l’éducation en commun des enfants, mais cela reste une exception dans l’histoire humaine), à durée indéterminée (mais qui prend fin avec la mort, c’est là aussi un point assez universel), dont l’objet essentiel est la reproduction, mais qui comporte aussi un aspect patrimonial certain : le mariage règle le sort des biens présents et à venir, leur gestion, et leur répartition à la dissolution du mariage. »

    Et de citer la Genèse, mais aussi  le Code d’Hammurabi (1750 avant J.-C. et avant l’âge du fer), et même Narmer, premier roi d’Egypte et fondateur de la Première Dynastie (3200 av. J.-C, en plein néolithique) et son épouse et reine, Neithhotep. Autant de signes qui attestent de l'apparition de hétérobeauf dès l'aube de l'humanité. 

    S’en suit le droit romain, puis le droit chrétien - ce dernier, il faut le remarquer, arrivant en fin de course et ne faisant qu’entériner, quoiqu’en l’humanisant comme personne avant lui, pusqu’exigeant au moins en droit le consentement des deux époux, une pratique et une conception du monde vieille comme Adam (ou Hammurabi). Contrairement à ce que disent les crétins, le mariage tradi n’est donc pas « chrétien » mais bien universel. 

    Arrive la Révolution, et avec elle, l’invention du mariage civil qui dame le pion au mariage religieux, ce dernier ne devenant le fait que de la seule volonté des époux – mais qui sur bien des points ne fait que laïciser celui-ci : la prohibition religieuse de la polygamie et de l’inceste est conservée même si, et c’est déjà intéressant de le remarquer par rapport à l'avenir, elle est limitée : il y a bien « prohibition du mariage entre proches parents, mais à un niveau moindre que pour le droit canon (3e degré au civil contre 4e pour le droit canon) ». Laïciser, de toutes façons, ça veut dire faire la même chose sans Dieu. Et les données biologiques se passent de Dieu (mais peut-être parce qu'elles contiennent Dieu plus que n'importe que catéchisme.)

     

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    Chabadabada (ringard)


    Et c’est là qu’il y a une première incise pro-mariage gay, ou si l'on préfère, une première ironie faite à la lettre de la loi, lorsque Eolas précise que « le Code civil de 1804 ne mentionne pas l’identité des sexes des époux comme cause de prohibition du mariage », même s’il rajoute immédiatement qu’ «  En 1804, il était évident que le mariage ne concernait qu’un homme et une femme (chabada chabada), et même Cambacérès, rapporteur du texte devant le corps législatif et homosexuel notoire, n’aurait pas eu l’idée qu’il en aille autrement. » Si j’ose dire, tout va se jouer sur ce « chabada chabada ». Pour Maître Eolas comme pour tout post-moderne qui se respecte, l’attachement au mariage tel qu’il a été conçu en tous lieux et en tous temps, et tel que le Plaideur vient lui-même de le rappeler, va bientôt relever d’un « chabadabada ». C’est à ce moment-là qu’il y a une petite superficialité qui s’installe dans la pensée de l'expert.

    Passons sur son petit couplet anti-conservateur, quasi pamphlétaire quand, stigmatisant les conservateurs s’opposant au divorce de 1884 au nom des enfants, il rajoute que « cette préoccupation à l’égard des enfants prendra tout son sens en 1914 quand éclatera cette guerre que ces mêmes conservateurs ont préparé pendant 40 ans ». 14-18, une guerre de droite ? C’est un peu court, homme de loi ! Et pour le coup, ce n’est pas un avis d’expert. Mais passons.

    1975 : année progressiste s’il en est : divorce élargi et aéré, loi Veil sur l’avortement.

    1999 : PaCS contre lequel, c’est vrai, les conservateurs s’insurgent et pour la bonne raison qu’ils voient ce qui peut arriver après – et qui arrive en effet aujourd’hui.

    Eolas donne des chiffres, et il a raison. Le premier enfant arrive aujourd'hui généralement avant le mariage. Le second, déjà plus normatif, naît
    à 57 % dans un couple marié, et le troisième, ce salaud de futur conservateur, à 71% ! Ce qui donnerait envie de déduire que plus on prend de l’âge, plus on se marie, et plus on se marie, plus on devient moral, mais passons là aussi. De toutes façons, « la vraie victime du PaCS, c’est le concubinage ». Dacodac, Maître.

    « La France a conservé, nonobstant ces variations, un taux de natalité élevé, de l’ordre de 2,1, le 2e d’Europe. La disparition de l’humanité, à commencer par le peuple français, ne semble donc pas à l’ordre du jour. » 

    Mais peut-être parce que l'humanité a su jusqu’à présent rester fidèle à l’ordre d’Hammurabi, qui sait ? Ce que le Plaideur semble oublier est que le combat pour la survie de l’espèce est un combat permanent y compris dans notre vieux monde épuisé. De même, la lutte contre l'inceste et le meurtre reste un invariant des sociétés humaines. Il y a quelques jours, passait sur le câble La forêt d’émeraudes, de John Boorman, et qui montre très justement que pour une tribu qui comporte quelque dizaines de membres, l’union sexuelle entre un homme et une femme est la condition sine qua non de sa survie. En situation de "survival", force est de constater que la question du mariage gay est ajournée. Alors, certes, nous ne sommes pas quelques dizaines de membres dans nos pays, mais peut-être parce que nous n’avons jamais abandonné nos fondamentaux. Ce qui pourrait après tout arriver un jour, comme le chantait il y a longtemps Alfred de Vigny dans La mort de Samson :


    "Bientôt, se retirant dans un hideux royaume,
    La Femme aura Gomorrhe et l'Homme aura Sodome,
    Et, se jetant, de loin, un regard irrité,
    Les deux sexes mourront chacun de son côté"...


     

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    "Quand Jean Marais cesse de parler de Jean Cocteau, il a l'air d'un con." (Pierre Desproges)

     

    Passons à l’histoire de l’homosexualité.

    Au code pénal plutôt libéral de 1810 (qui ne reconnaît aucun délit homosexuel et aucune relation « contre-nature ») mais qui ne contient ni ne sous-entend en aucun cas le mariage entre personnes du même sexe, est substitué un code plus rude en 1942 -  mais parce que 42, Pétain, Darlan, etc.

    Années 80, années sida. La communauté homosexuelle est touchée plus que les autres, et comme aucune loi ne la protège, non seulement on meurt, mais en plus, on ne peut rien hériter, rien transmettre, et on se fait traiter de sale pédé par les familles. C’est la triste époque Philadelphia (1993)., avec Tom Hanks.

    Les années 90 sont plus friendly.

    « En 1993, le Code de la sécurité sociale permet aux concubins homosexuels d’être ayant droit d’un cotisant, au même titre que les concubins hétérosexuels (ça paraît anecdotique aujourd’hui, ça ne l’était pas à l’époque). En 1999, le PaCS est une demi-victoire. C’est une légalisation de l’union, avec des droits en cas de décès, mais ce n’est pas le mariage, nous allons voir la différence. »

    Certes, nous allons la voir. Jusque là, on ne peut qu’approuver. Les lois protégeant les individus sont les bienvenues. Les contrats protégeant les couples gays encore plus. Et on peut très sérieusement envisager à ce moment-là une union civile entre personnes de même sexe ainsi qu'un tutorat pour les enfants. Après tout, il y a déjà des familles homoparentales dans le coin, des gens qui s’aiment comme tout un chacun, et des enfants que l'on a pu adopter non pas tant parce que la loi le permettait aux homosexuels mais parce qu'elle le permettait aux célibataires. Il s'agissait alors de ne pas révéler son homosexualité et d'être traité alors comme n'importe quel parent adoptif hétéro. Nous verrons que ce vide juridique constitue le principal argument d’Eolas en faveur du mariage gay, ce qui est normal pour un avocat qui a beau jeu d'insister sur les absences ou les absurdités de la loi, mais qui est toujours assez peu recevable de la part du civil, je veux dire, de la part de celui qui, sans ignorer la loi, sait que la loi a des failles, et que l’ordre du monde n’est pas et n’a pas à être légaliste. Dans sa grande sagesse plusieurs fois millénaire, le civil considère que le droit doit se mettre au service de la morale et non le contraire. Mais enfin, c'est vrai, autant donner des droits aux familles homoparentales ne serait-ce que pour protéger leurs enfants.

    Et Noël Mamère survint. Noël Mamère avec ses nom et prénom tellement significatifs à force d’être anti-significatifs. Noël Mamère, l'anti-Noël et l'anti-mère (NTM aurait été plus approprié mais si je doute que Joey Star et ses potes soient particulièrement friendly - sans doute un des rares points d'accord que je pourrais avoir avec lui  !)

    Son argument (à Mamère, pas Nique ta Mère) pour marier deux hommes à Bègles fut en effet de montrer que « le Code civil ne pose nulle part la condition de différence de sexe, alors que les conditions de validité (absence de parenté, absence de mariage précédent non dissous, consentement) sont très clairement posées. Donc, le mariage homosexuel serait légal sans que nul ne s’en soit jamais avisé ». Argument infiniment spécieux car purement littéral, ne fonctionnant que par omission d'une évidence tellement évidente que l'on ne s'est pas cru forcé de la mettre (comme on n'a jamais précisé que les deux futurs époux devaient être vivants s'ils voulaient se marier) et qui ignore avec un brin de mauvaise foi, comme le reconnaît tout de même Eolas, qu’en 1804 le mariage supposait la différence sexuelle. Mamère a donc bien forcé sur les mots et le mariage de Bègles est finalement annulé par la cour d'appel de Bordeaux le 19 avril 2005, celle-ci rappelant que jamais la législation n'a envisagé autre chose que l'union d'un homme et d'une femme.

    Peu importe, le mal est fait. Mamère a réussi son coup de force légaliste, sémantique et anthropologique et tout ce qui va suivre désormais sera de donner des raisons à ce qui n'en a point et à jouer le contresens jusqu'au déni de réalité - tout  cela au nom d'un humain trop humain de plus en plus inhumain De fait, le projet Taubira, apparemment plus réfléchi, nuancé, rationalisé, se constitue à partir de ce coup d’état initial. Le viol est consommé. Et la possibilité d’en finir avec l’ordre symbolique et d’exploser la filiation au nom du caprice des individus entérinée. Place au mariage gay et aux mères porteuses, place à l'abolition du père et de la mère au nom des "parents", place à l'enfant playmobil, ultime produit du capitalisme mondialisé, place à la plus grande aberration sociale du siècle – ou si l’on préfère à la révolution anthropologique imposée par la loi ou plus exactement par une minorité à la loi (le comble de l’hypocrisie étant dans ce refus de le reconnaître chez ceux qui la veulent, et pour qui, à les entendre, ce mariage gay est une petite réformette sociétale sans importance et d’ailleurs tout à fait en adéquation avec « l’évolution de nos sociétés », la preuve, l’Espagne et le Portugal… Pour le coup, on serait fier d’être français !), place au Meilleur des mondes et à sa haine écolo du bio, sa haine sociale de la condition humaine, sa haine du sexe et de la Bible (car Bible = sexe, au cas où personne ne l'aurait remarqué).


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    "Les mots, c'est ce qu'on veut."


    2 - Sophistique

    [Seconde partie du texte d'Eolas] : « Après avoir fait un rapide voyage à travers le temps, projetons-nous dans un avenir proche et voyons ce que dit cette loi, ce qui nécessairement nous fera aborder la question de savoir ce qu’elle ne dit pas. »

    Ben voyons ! Jésus n'a pas dit un mot sur la capote dans les Béatitudes, autrement dit, il était pour. Kant n'a jamais évoqué la fistinière dans ses trois Critiques, ça veut dire qu'il n'était pas contre. Il faut se méfier du raisonnement par omission, Maître, qui comme le mensonge du même nom, est toujours le pire. En vérité, la loi, comme d'ailleurs tout mot, toute phrase, toute virgule, sous-entend toujours des choses qu'elle ne dit pas - comme justement le fait que jusqu'à présent la différence sexuelle était implicitement contenue dans la législation, et que vous avez d'ailleurs reconnu.

    « Le projet de loi tire les conséquences de la jurisprudence liée à l’affaire du mariage de Bègles ».  

    Là  nous sommes bien d’accord, le Plaideur ! Ce coup de force législatif tire, nous le disions, les conséquences du coup de force que fut le mariage de Bègles. Il s’agit bien avec ce mariage gay d’entériner un état de fait qui relève de l’hérésie totale, du viol du langage, et de la négation absolue, religieuse si l'on veut, civile à coup sûr, de ce que fut toujours le mariage. Il s'agit surtout et avant tout de changer le sens des mots :

    « Puisque le seul obstacle est rédactionnel, [le Conseil Constitutionnel] se contente, après avoir posé une définition du mot “mariage” qui n’y figurait pas jusqu’à présent, de modifier les articles du Code civil qu’il faut changer pour que le mariage puisse aussi s’appliquer entre personnes de même sexe, et en tire les conséquences nécessaires sur le plan de l’adoption. »

    Et c’est ça qu’on appelle un expert ! Je traduis en langue de la tribu : « puisque le seul obstacle est langagier, le Conseil Constitutionnel se contente de changer la langue, de changer le sens des mots, et de poser une nouvelle définition du mariage afin que celui-ci puisse s’appliquer entre personnes de même sexe et en tire les conséquences nécessaires sur le plan de l’adoption. » Nous sommes là au cœur du problème. Un problème qui, pour les pro-mariage gay, ne fait plus problème puisqu'un plus un égalent désormais trois, ou quatre, ou dix, ou tout ce que l'on voudra, parce l'important, voyez-vous, c'est l'homme à la mesure de l'homme, le langage au service de l'homme, la sophistique comme horizon indépassable de notre humanité. Humpty Dumpty avait déjà prévenu Alice : « les mots signifient ce que je veux qu’ils signifient ».

    Lucas Greco, un "linguiste spécialiste des questions de genre" du Nouvel Obs (être linguiste et queer, ça sonne un peu comme être "spécialiste de la seconde guerre mondiale et révisionniste") ne dit pas autre chose quand, s'en prenant à la très cratylienne Sylviane Agacinski, il prétend, dans un texte qui est un chef-d'oeuvre de transparence sophistique et de fantasmagorie langagière (parce que je ne voulais pas dire ignominie intellectuelle) que le "langage n'est pas un doublon de la nature, mais un outil de construction de toute réalité, qu'elle soit matérielle ou symbolique", autrement dit, que le langage n'est pas là pour désigner la réalité, même pas la biologique, mais au contraire pour l'inventer, la raconter, l'affabuler, même la biologique, du moment que cela correspond à notre désir, et que par exemple, "attendre ou avoir un enfant" signifie la même chose, ou devrait signifier la même chose, pour des parents hétéros comme pour des parents homos. De même, un aveugle qui dirait "je vois" le dit dans le même sens que le voyant qui dit "je vois" - et trouver que ces deux "je vois" ne relèvent pas du même ordre de réalité revient à faire de la discrimination et la discrimination, on sait ce que ça a donné...

    "Les donneurs de sperme et les mères porteuses ne sont pas des choses", affirme ensuite notre polylinguiste avec cette candeur qui est le propre de ces consciences ravagées qui pensent sans arrières-mondes ni inconscient, qui ignorent superbement les batailles du Ca, du Surmoi et du Moi qui sévissent à l'intérieur de tout être humain normalement constitué, et qui sont convaincues que les esclaves sexuelles que sont fondamentalement les mères porteuses n'en sont pas du tout puisqu'elles le disent. Mais quelle personne réifiée va dire qu'elle est réifiée ? Quelle aliéné va dénoncer son aliénation ? Le drame du Meilleur des mondes est que tout le monde y est bien content. Pensez, un monde sans péché, sans castration, où tout est permis techniquement, moralement et linguistiquement, une sorte de camp de concentration consenti, qui serait contre ?

    Dès lors, on pourrait s’arrêter là. Eolas et Lucas ne sont que des sophiste de la pire espèce, des zélateur de ces totalitarismes "soft" annoncés par Foucault, des Femmes savantes à la Armande qui se proposent bel et bien de corriger le langage :

     

    Pour la langue, on verra dans peu nos règlements,

    Et nous y prétendons faire des remuements.

    Par une antipathie ou juste, ou naturelle,

    Nous avons pris chacune une haine mortelle

    Pour un nombre de mots, soit verbes ou noms,

    Que mutuellement nous nous abandonnons ;

    Contre eux nous préparons de mortelles sentences,

    Et nous devons ouvrir nos doctes conférences

    Par les proscriptions de tous ces mots divers

    Dont nous voulons purger et la prose et les vers.


     

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    "Sex is bad, gender is good".

     

    Neutraliser toute référence sexuée et du reste toute référence à la réalité, liquider les mots « homme » et « femme » dans le code civil, et bientôt ceux de « père » et « mère », ignorer les invariants anthropologiques constatés par tous les anthropologues du monde, Lévi-Strauss en tête, et le mariage gay passera comme une lettre à la poste.

    « Voilà. On a fait le tour de l’essentiel du projet de loi », admet le Plaideur.

    L’essentiel, c’était ce viol du langage, cet enculage du sens, ce négationnisme du vivant.

    - Allons, calmez votre ardeur de réac en rut ! On disait la même chose de l'avortement, voyons ! ne manqueront pas alors de rétorquer certains esprits forts, ne voyant pas, comme toujours, où est le problème. A ceux-là, on répondra que si la loi sur l'IVG va indéniablement contre la vie mais selon une volonté de maîtriser la vie qui est aussi vieille que la vie elle-même, et même si on y trouve à redire, elle ne saurait être une erreur de raisonnement. Alors que le mariage gay en est une, d'erreur de raisonnement et qui va jusqu'à l'absurdité. Le mariage gay est une absurdité légalisée qui pose en effet un contrat social qui ne sert absolument pas le social et qui donne le droit d'avoir des enfants à des gens qui ne veulent pas en faire. Le mariage gay impose une égalité pour des gens dont le destin est justement de ne pas la vouloir concrètement. Là où l'avortement mettait un frein à la vie, le mariage gay, et avec tout ce qui va suivre, PMA et GPA, dénature la vie. Là où l'avortement était l'interruption volontaire d'un processus naturel, la GPA sera la permission d'un processus monstrueux. Enfin, si l'avortement était pour le coup une loi égalitaire qui permettait à toutes les femmes de maîtriser leur corps et pas seulement aux seules femmes riches pouvant se payer l'aller-retour en Angleterre, la GPA, avec sa mère porteuse à louer et ses frais d'avocat et de médecin qui vont avec (sans compter le billet d'avion quand il s'agit d'aller aux Etats-Unis pour conclure toute cette opération) est pour l'instant réservée aux riches, comme l'illustre presque trop bien le film Naître père de Delphine Lanson sur lequel nous finirons. Mais qu'on ser rassure ! Bientôt, la GPA obéira aux lois du marché et il y en aura pour toutes les bourses et selon des abattages de toutes les qualités.

     

    3 - Négationnisme

    Mais comme nous sommes charitables et que nous haïssons l’erreur tout en chérissant la personne, nous allons continuer. Même s'il va être désormais difficile de se comprendre, le Plaideur parlant un métalangage que nous ne comprenons pas et que nous ne voulons pas reconnaître (parce que ce n'est pas la loi mais la chose qui fait le sens des mots) et lui trouvant que notre cratylisme a fait long feu et que si lune veut dire soleil, il ne voit pas pourquoi nous le contesterions.

    Reprenons ce processus de négationnisme ligne par ligne :

    « L’aspect contractuel est en premier lieu que sa formation repose sur le consentement des deux parties. La question du consentement dans le mariage est fondamental : Il n’y a pas de mariage lorsqu’il n’y a point de consentement” » - tout à fait d’accord, Eolas, d’autant que c’est l’Eglise qui a imposé, au moins en droit, ce consentement mutuel.

    « L’aspect institutionnel veut quant à lui que le mariage a des effets impératifs, fixés par la loi, auxquels les époux ne peuvent pas déroger et qui sont communs à tous les mariages. C’est ce qu’on appelle le régime primaire…ETC » - mais oui, mais bien sûr, mais parfait, bravo le Plaideur !

     « Pour tout résumer en une phrase, du point de vue du droit civil, le mariage ne sert que quand surviennent les ennuis. Et la vie est ainsi faite qu’ils surviennent tôt ou tard, que ce soit la mésentente, le décès, la maladie ou autre. » Pas très romantique comme approche, mais rien à redire. Le mariage est en effet là pour protéger les familles et notamment les enfants des familles.

    «  Le mariage est un statut complet, en perpétuelle évolution donc adaptée à la société contemporaine… » Tu l'as dit, le Plaideur : "La société". Donc, pas la communauté, pas la minorité, pas l’individu en soi - "la société". Avant de faire plaisir à l'individu, le mariage est là pour servir la société. Or, à quoi sert le mariage homosexuel ? A reconnaître l’identité homosexuelle ? Mais le mariage n’est pas là pour légitimer des identités, il est là pour servir la famille qui elle-même sert la société. Bref, si « les homosexuels n’ont pas accès au régime le plus protecteur, celui du mariage », s’ils n’ont le choix qu’entre deux statuts,  concubinage et PaCS, alors que les couples de sexe différent ont le choix entre trois statuts, mariage, concubinage et PacCS, c’est bien parce que leur destin leur interdit de facto d’avoir accès à une institution réservée par définition aux couples hétérosexuels et qu’on ne voit pas très bien pourquoi on changerait la définition pour eux et d'ailleurs pour quiconque. C’est comme si un célibataire sans enfants trouvait anormal de ne pas avoir les mêmes aides qu’une mère ou qu’un père de famille nombreuse. C’est comme si quelqu’un vivant seul trouvait discriminant de payer proportiennellement plus d’impôts que la famille d’à côté. Il se trouve que pour le malheur des homosexuels et des célibataires, la société a préféré subventionner ceux qui la servaient, soit la famille sexuée et reproductive, selon ce « modèle naturel et bilatéral » dont parlait Sylviane Agacinski et pour lequel la filiation naturelle a une dimension qualitative – alors que le projet du gouvernement pour le mariage gay est un projet qui n’obéit qu’à des impératifs quantitatifs. Quantitatifs et minoritaires, par dessus le marché - quoique le marché n'est pas contre, comme on l'a dit.

    Vient alors le paragraphe sur la filiation dans lequel le Plaideur, par un tour de passe-passe dont il s’est fait le spécialiste, prétend nous convaincre que cette loi qui change tout en fait ne change rien. On aurait envie alors de lui demander : alors pourquoi la faire ?

    Après avoir longuement causé, non sans intérêt, des filiations maternelle et paternelle, la seconde étant toujours plus problématique, et pour cause, que la première (et ce faisant remettant en première ligne, sans, je suppose, le faire exprès, la dissymétrie qu’il existe naturellement entre homme et femme), puis du malheur des enfants naturels ou adultérins et de la nécessité morale que l’enfant ait une filiation paternelle et maternelle unique, et non pas trente-six, enfin de l’heureuse abrogation de la loi sur les droits successoraux qui discriminaient l’enfant adultérin par rapport aux enfants légitimes, en 2001 sous Jospin, sans parler de la procédure bienveillante qui fait que « l’enfant “vient aux droits” de son parent décédé » et peut hériter de sa fortune et de son nom, bref, tout ce qui n’a jamais concerné que la famille traditionnelle et ses complications adultérines, quoique naturelles, le Plaideur semble triompher en arguant que la nouvelle loi sur le mariage pour tous ne changera rien à toute cette cuisine :

    « Le projet de loi ne touche absolument pas à la filiation. Vous pouvez vérifier : la filiation occupe les articles 310 à 342-8 : aucun article situé dans cet intervalle n’est touché. Une pierre dans le jardin de l’argument “on va faire disparaitre les père et mère du Code civil”. »

    On ne doit pas vérifier de la même façon : tout l’article 04 propose au contraire de remplacer les mots « père » et « mère » par le mot « parent » - et cela continue comme ça dans tous les articles jusqu’au 20ème. Un assassinat symbolique exemplaire. Ni père ni mère, ni mari ni femme, que des parents ou des époux :

    Article 10 - b) Au 5°, les mots : « Du mari ou de la femme » sont remplacés par les mots : « De l’époux ».

    Article 11 - 1° Au deuxième alinéa de l’article L. 47, les mots : « veuves » sont remplacés par les mots : « conjoints survivants » ;

    Article 12 - 1° À l’article L. 184, les mots : « le mari et la femme » sont remplacés par les mots : « les époux » ;

    Article 13[qui cumule, lui] : le code de procédure pénale est ainsi modifié :

    1° Les articles 335 et 448 sont ainsi modifiés :

    a) Au 1°, les mots : « père, de la mère » sont remplacés par le mot : « parent » ;

    b) Au 5°, les mots : « Du mari ou de la femme » sont remplacés par les mots : « De l’époux » ;

    2° À l’article 753, les mots : « le mari et la femme » sont remplacés par les mots : « les époux ».

    Et cela à chaque alinéa sur vingt pages. Il faut vraiment aller voir pour halluciner :

    http://www.assemblee-nationale.fr/14/projets/pl0344.asp

    Encore une fois, toute cette loi est une atteinte au langage, à la réalité anthropologique, et une négation totale des droits des enfants à avoir un père et une mère qui sont originellement homme et femme. Mais cela, c’est le monde ancien, n’est-ce pas ? Et puis, la loi a été adoptée cette semaine, à quoi bon se battre ? Eh bien, parce que le processus de déshumanisation n'est pas terminé. Les mères porteuses arrivent. Les enfants Playmobil sont en cours de fabrication et dans un monde de plus en plus content de lui-même. Et notre devoir est de mécontenter le monde. C'est normal, nous l'aimons malgré tout ce monde. Nous le secondons. Nous tentons de lui enlever ses bulles et de lui réapprendre à humer le parfum des fleurs.


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    Pierre et Gilles et leur tiers-porteur.


    4 - Les parents capricieux

    La dernière partie du texte de Maître Eolas, la plus conséquente, est consacrée à l’adoption :

    « Si le projet de loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe ne touche pas à la filiation, il opère la même adaptation textuelle que pour les règles du mariage, en substituant toute rédaction laissant entendre que les adoptants sont de sexe différent à une rédaction plus neutre. Pourquoi fait-il cela ? Parce qu’il n’a pas le choix. »

    « Adaptation textuelle », « substitution de rédaction », « neutralité de la nouvelle rédaction ». Maître Eolas a le langage du bourreau qui dit « je procède à la question » pour dire « j’enfonce des fers dans les jambes des gens jusqu’à leur faire éclater l’os ». Au moins en reconnaissant que la législation "n'a pas eu le choix" de faire autrement, avoue-t-il à demi-mot (mais le demi-mot est le mode de fonctionnement du Plaideur), la violence faite aux mots, et subséquemment aux choses et aux êtres. Ok, c'est la dixième fois que je le dis, mais lui aussi. 

    Pourtant, ça commençait bien :

    « L’adoption confère à l’adopté, dans sa nouvelle famille, la situation d’un enfant dont le lien de filiation serait fondé sur la procréation. »

    En effet, l’adoption est une filiation élective fondée sur le modèle de la différence sexuelle. Deux parents de sexe différent, qu’ils soient stériles ou non, ont le droit d’adopter un enfant, c'est-à-dire de lui offrir la famille qu’il n’a pas eu et qu’il est en droit d’avoir. L’intention est belle et surtout légitime : on veut offrir à l’adopté un cadre familial qui compense son traumatisme premier (car il ne faut jamais oublier que tout le processus d’adoption est là pour réparer un mal initial : la perte des parents, l’abandon, la maltraitance, et par-dessus tout, la destructuration filiale.) Un enfant qui commence sa vie en perdant ses parents biologiques mérite qu’on lui donne des parents qui symboliquement, auraient pu être les siens. Un enfant adopté doit avant tout avoir le droit de dire :

    « Mes parents adoptifs ne sont pas mes parents biologiques, n’empêche qu’ils correspondent au modèle familial universel dont mes parents biologiques ont fait partie un instant. Mes parents adoptifs ont désiré avoir un enfant comme mes parents biologiques ont en eu un, moi. Je suis donc issu d'un homme et d'une femme qui m'ont fait comme je suis aimé et élevé par un homme et une femme qui auraient voulu me faire.  »

    Et c'est là où le bât blesse : les parents homos veulent avoir un enfant mais ne veulent pas le faire. Les parents homos veulent un enfant dont la conception les dégoûte. Les parents homos font appel à un tiers non pas pour des raisons thérapeuthiques mais pour des raisons existentielles - et c'est ici que l'on peut dire, au risque d'être taxé d'homophobie, que ces raisons existentielles ne sont ni légitimes ni recevables. Les parents homos sont des parents capricieux qui ne veulent pas faire leur devoirs mais qui veulent être quand même reçus à l'examen.

    En vérité, l’enfant adopté mérite la sainte famille plus qu'un autre. Lui qui a mal commencé dans la vie, qui a été privé de sa filiation originelle, qui, comme dirait ce grand pape punk que fut Benoît, est un blessé de la vie, mérite qu'on fasse tout pour lui donner une famille d'accueil qui corresponde symboliquement à la famille idéale. Contre toute attente, la seule famille idéale devrait être la famille adoptive - soit une famille où l'homme désire la femme et la femme désire l'homme, où l'homme veut un enfant de la femme et la femme veut un enfant de l'homme, et c'est parce qu'ils ne peuvent en avoir malgré leur bonne volonté qu'on va leur accorder à eux, en premiers, le droit d'adopter. C'est que jusqu'à présent, l'on pensait la famille adoptive en écho, ou en analogie, avec la famille biologique. L'ordre anthropologique était préservé en vue de la future construction de l'enfant - parce que l'identité humaine, pour ne pas dire la pensée humaine, commence toujours par la distinction sexuelle, parce que l'humanité naît de la différence des sexes et se met à penser à partir de celle-ci, parce que nous sommes tous issus physiquement et métaphysiquement d'un homme et d'une femme, quel que soit le clinamen à venir.

    Même dans les familles ayant à la fois des enfants biologiques et des enfants adoptés, et par-delà les complications affectives pouvant surgir entre les uns et les autres et malgré tout l'amour équivalent des parents pour chacun d'entre eux, l’ordre filial traditionnel pouvait encore être préservé. Le désir reproductif du père pour la mère et de la mère pour le père, le désir de faire une chair commune des deux chairs premières et distinctes, le désir d'avoir fait un enfant et non simplement d'en avoir voulu un, voilà ce qui importait, voilà ce qui structurait. En ce temps-là, l'enfant avait des droits et n'était pas un "droit". 

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    Enfant des droits.


    Quels que soient l'amour et l'attention accordés à l'enfant adopté par des LGBT, celui-ci ne pourra s'empêcher de constater un jour qu'il a été voulu par des gens qui ne voulaient pas le concevoir - même s'ils le pouvaient. Cette lesbienne qui dit sans honte qu'elle "voulait un gosse mais sans se coltiner un mec" [ce qui, soit dit en passant, vaut, sur le plan de la violence symbolique, toutes les "sales tarlouzes" de la terre], ces homos qui ont fait appel à un tiers pour rendre possible ce qui leur était destinalement impossible, cette hargne des unes et des autres à réclamer une égalité qui n'est qu'un privilège exorbitant - vouloir un enfant sans vouloir le faire. Et au risque que ce dernier se dise un jour : 

    « Papa1 m’aime, Papa2 m’aime, tous les deux s’aiment, mais leur amour entre eux, aussi fort soit-il, n’aurait jamais pu me produire, moi, même au conditionnel. »

    L’adoption accordée aux gays, c’est l’abolition du conditionnel de l’enfant. Un enfant "légal", accordé à tous, fabriqué pour tous. Il avait d'abord perdu réellement son père et sa mère, il perdra le droit d'avoir un père et une mère sur le plan symbolique. Ah oui, d'accord, il aura des "parents" ! Mais pas pas de père ou de mère. Il ne pourra jamais s'imaginer être le produit de ses parents adoptifs. Autant le petit chinois adopté par un couple européen hétéro peut se dire qu’il aurait pu être, dans une autre vie, un autre karma, le produit charnel de Gérard et de Géraldine, autant le petit Nicolas ne pourra jamais se dire qu’il aurait pu être celui de Gérard et de Bernard ou d'Aline et d'Alina. Après avoir été privé de sa filiation initiale, l’enfant adopté par des homosexuels est donc bien privé de filiation symbolique - et s’il est réellement le produit d’un des deux, qui est souvent l’une des deux, il aura droit à une semi-conditionnelle, ce qui n'en complique pas moins les choses.

    Ainsi, si le mariage pour tous, comme le prétend Eolas, ne va rien changer par rapport à ce qui existe, il va tout changer par rapport à ce qui n’existe pas. Il va s’étendre là où personne ne l’attendait, et ce faisant, imposer un nouveau modèle parental dont les effets risquent d'abord de créer deux sortes d'individus : ceux qui ont été voulus et fait ou voulus et adoptés comme tels d'un côté, ceux qui ont été voulus sans qu'on ait voulu les faire de l'autre. Ceux qui sont nés d'un désir naturel, ceux qui proviennent d'un désir artificiel. Je n'ai rien contre la philosophie artificialiste. Au contraire, je pense que presque tout est artificialiste dans notre monde, la politique, l'art, la pornographie, peut-être même l'amour et l'amitié, mais pas le vivant. Le vivant n'est pas artificiel. Et s'il n'y a pas d'ordre naturel, il y a un ordre du vivant. Et c'est de cet ordre du vivant que vient la pensée. Tout est d'origine artificielle sauf l'artificiel qui est d'origine vivante.

    Pressons-nous, parce que vous commencez à en avoir marre et moi aussi.

    Eolas :  « … il faudra toujours être marié pour pouvoir adopter à deux ; hormis que les couples mariés pourront désormais être de même sexe, ce qui impose là aussi certaines corrections de rédaction. »

    Une fois de plus, Eolas ne voit pas que cet « hormis » est d’une violence symbolique extrême ni que ce qu'il appelle « certaines corrections de rédaction » relève de cette négation de la langue et subséquemment du réel dont on parle depuis le début. Entrée dans la réalité onirique.

    Au moins a-t-il l'honnêteté de reconnaître que l'adoption accordée aux gays va nécessairement suivre leur  mariage.

    « En effet, il n’est pas possible d’ouvrir le mariage aux couples de même sexe et de leur fermer les portes de l’adoption. Ce combat a déjà eu lieu et a été perdu en 2008. Le seul moyen d’empêcher un couple d’homosexuels d’adopter est de leur interdire de se marier. »

    Mais oui, c’est tout à fait ça, Plaideur.

    MARIAGE GAY = ADOPTION = PMA & GPA.

    Nous sommes bien d'accord dans notre désaccord.

    Pour finir, le Plaideur revient avec une histoire édifiante censée apporter de l'eau à son moulin et surtout prouver la tartufferie de la France, condamnée le 22 janvier 2008 par la Cour européenne des droits de l’homme pour discrimination à l’encontre des homosexuels en matière d’adoption.

    Cette histoire est celle de Mme B. On la rappelle :

    « Mme B., homosexuelle vivant en couple avec sa compagne et désireuse d’adopter. Elle a donc déposé une demande d’agrément auprès de l’ASE, demande qui sera rejetée. Mme B. est procédurière et attaque ce refus, qui est confirmé par le tribunal administratif, la cour administrative d’appel et le Conseil d’État. »

    Les motivations de ces derniers à refuser l'adoption sont simples : l’un reconnaît la bonne volonté et les valeurs positives de Mme B. mais s’interroge sur le cadre de vie et le contexte d’accueil qu’elle peut proposer à un enfant vu qu’elle vit avec une femme avec laquelle elle n’est pas mariée. L’autre s’interroge sur le caractère aléatoire pour cet enfant d’avoir une référence masculine. Le troisième se demande comment se construit l’identification avec une femme dont le désir d’enfant ne passe pas par le désir de l’homme – autant d’objections sur le fond formidablement légitimes mais qui en effet ont du mal à s’assumer comme telles et oublient que l’état français donne le droit d’adopter à qui le veut. Ce contre lequel le moral s'insurge, le légal le permet. C'est donc moins une affaire d'hypocrisie que de schizophrénie. Pour le Plaideur, c'est du tout cuit - même si encore une fois, et peut-être à son corps défendant, il pose le problème tel qu’il doit être posé :

    « Visiblement, le fait que depuis 1804, l’adoption soit ouverte à des célibataires ne posait pas tant de problème tant que ces célibataires étaient attirés sexuellement par l’autre sexe. »

    Mais absolument, Maître ! Le fond du problème, c'est l'homosexualité. Non pas en tant qu'inclination d'une personne pour une autre, là-dessus, les amours d'Achille et Patrocle valent ceux de Roméo et Juliette, mais simplement en tant que possibilité procréatrice : Achille et Patrocle ne peuvent pas avoir d'enfants, Roméo et Juliette, si, et en bonne logique existentielle, on peut alors soutenir que puisqu'il faut deux sexes pour faire un être humain, il faut deux sexes pour que celui-ci soit assuré de ses origines et trouve son identité. Désolé de me répéter, mais la pensée commence par la différence sexuelle et la différence sexuelle passe par le père et la mère, soit par l'identification du désir de l'un pour l'autre, ou au moins, dans le cas d'un deuil, d'un abandon ou d'un célibat, celui du sexe pour l'autre sexe. C'est la volonté de m'avoir éjaculé et de m'avoir ovulé qui donne sens à mon identité. Et si j'ai été adopté parce que mes parents étaient stériles, c'est la volonté d'avoir tenté de le faire qui comptera pour moi. Mes parents adoptifs auraient pu être mes parents biologiques. Mes parents homo n'auraient jamais pu l'être parce qu'ils ne l'ont pas voulu et qu'ils ont fait appel à quelqu'un d'autre pour ne pas passer à la casserole. Ils ont voulu m'avoir sans vouloir me faire. Et ils m'ont privé de mes origines, et empêché d'avoir un père ou une mère. Moi, je n'ai eu que des "parents" et pire, qu'une paire de parents.

    Par pitié ne me sortez pas "l'argument Thénardier" qui ne vaut rien en cette matière. Mieux vaut en effet confier un enfant à un célibataire qui aime et désire l’autre sexe et qui incarnera pour l’enfant ce désir d'où procède la vie qu’à un célibataire qui n’aime et ne désire que son sexe. En face d’un homme qui aime les femmes ou d’une femme qui aime les hommes, l'enfant est incontestablement plus en phase avec la condition humaine et les conditions de sa venue au monde à lui qu'avec un ou une homosexuelle. Si ensuite son orientation sexuelle s'avère autre, très bien, ce sont des choses qui arrivent, mais en aucun cas, on ne peut fonder un modèle sur "des choses qui arrivent", en aucun cas, on ne peut imposer des références à partir des singularités. Le scandale du mariage gay, ce n'est pas le fait gay (qui existe comme le fait religieux), c'est l'institutionnalisation conjugale et parentale de ce fait. En ce sens, oui, les institutions françaises ont donc bien fait de s’opposer à cette adoption par Mme B.

    Sauf qu'elles ont cruellement oublié que les homosexuels pouvaient adopter en tant que célibataires et que cet oubli, j'allais dire ce refoulement, les a mis en porte à faux avec elles-mêmes et fait que la Cour Européenne, ce monstre froid d'entre les monstres froids, les a condamnées.  La France a bel et bien été hypocrite dans cette histoire mais pas dans le sens où le Plaideur l’entend. Cohérente sur le plan moral, elle s’est faite piéger par son propre flou juridique et le fait que celui-ci permettait l’adoption des enfants par les homosexuels à condition qu’ils ne disent pas qu’ils le soient. Ce n’est donc pas tant son « homophobie » que l’on a sanctionné que son « inconséquence ». Et sans doute est-ce mérité de ce point de vue - l'inconséquence étant l'une de nos grandes tares nationales. Si la France avait depuis le début précisé que l’adoption était hors sujet pour les homosexuels, célibataires ou en couple [1], elle ne se serait pas fichue dans cette situation schizophrénique.

    En revanche, l'hypocrisie d'Eolas réside, elle, bien, dans son légalisme formel qui fait mine de ne jamais voir le fond du problème sous prétexte qu'un vide juridique a pu permettre à des situations improbables de surgir, puis à une loi aberrante de passer.

    Car oui, malgré les efforts de l'héroïque Frigide Barjot (parce que là, on peut vraiment parler d'héroïsme !), le mariage gay est passé au Parlement et passera probablement au Sénat.

     

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    La chère Frigide Barjot et un autre salaud.


    En attendant, les adoptions friendly ont déjà commencé en fanfare - telle celle, "exemplaire", effectuée par "Jérôme et François", papas bisounours de petits jumeaux et "héros" d'un documentaire de Delphine Lanson, Naître père, sorti sur les écrans cette semaine, et qui ont témoigné de leur grande aventure humaine ce mercredi 18 février au Grand Journal de Canal moins [à partir de 11'], nous expliquant, avec cette insouciance ultralibérale qui faisait plaisir à voir, qu'un enfant playmobil, je veux dire un enfant de l'amour qu'on en veut sans le faire, ça coûte à peu près "cent mille dollars", mais qu' attention, la GPA, "ça n'a rien à voir avec ce qu'en disent les médias", ou "ce qu'eux-mêmes pensaient au début", c'est-à-dire "prendre un enfant à une femme", non, rien à voir avec ça. Comme l'a, une fois de plus, très bien expliqué Elisabeth Badinter (qui n'a pas encore démissionné, elle), "c'est une aventure humaine créatrice de relations intenses", ce qu'elle appelle une "GPA éthique" (un peu comme on parlerait de "prostitution féministe"). D'ailleurs, même l'esclave port.... Je veux dire la mère porteuse consentante est d'accord avec ça et trouve que c'est hyper épanouissant de proposer une location de son ventre moyennant une juste rétribution. Enfin, "mère", il ne faut rien exagérer. D'abord, il y en a deux de mères, la mère biologique et la mère porteuse. Ensuite, et sur ce point de détail, les deux papas précisent bien, en bons cathares post-modernes, que "leurs deux enfants ont deux papas mais pas de mère, on est très clair là-dessus". C'est vrai, quoi, on ne va quand même pas mentir aux enfants ? Et comme le dit le philosophe de service présent lui aussi sur le plateau (critique gastronomique de passage, mais c'est tout comme) c'est passer de la trinité à la "quadrilité" et ça, c'est hyper génial, supra cool, archi-passionnant, d'ailleurs on souhaite aux deux papas tout le bonheur du monde dans le meilleur des mondes, celui où il y aura bientôt deux types d'êtres humains. Les uns, produits de la nature, les autres, produits du social.

    Je me demande ce que le prochain pape, surtout s'il est noir, pensera de tout ça. Sans doute ce qu'écrivait  1927 le grand écrivain polonais Witkiewick dans  dans ce roman magnifique de la déshumanisation enchantée du monde qui s'appelle L'adieu à l'automne :


    "Ils seront heureux et ne sauront rien de leur déchéance".

     

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    "Ouais, on est heureux."



    [1] Rappelons qu’en matière de « couples », il n’y a au sens étymologique que des couples hétérosexuels -  « couple » venant du latin « copula » et signifiant « union entre mâle et femelle ». En ce sens, il faudrait mieux dire "duos homosexuels". Comme les faits, le latin est têtu et taquin.

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