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femme au crochet

  • Nabe VS Angot.

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    Cela a déjà plus d'une semaine, mais ça vaut le coup d'y revenir. Je veux parler bien sûr de la prestation de Marc-Edouard Nabe via Christine Angot dans le Campus du 27 janvier 2006 - et que l'on peut visionner sur le site de Nabe. Que Guillaume Durand ait voulu faire "un coup" médiatique en se faisant affronter les deux jaguars de haine de la littérature française en direct n'est pas douteux, mais l'on aurait tort de ne voir dans cet affrontement idéosexuel qu'une logique de marchand. Nabe et Angot ont trop de points communs à s'annuler l'un chez l'autre pour qu'on ne les prenne pas au sérieux. Et une voix et un corps qui font  toujours leur effet sur un plateau de télévision. Alors, ensemble, pensez !

    Nabe est l'écrivain matriciel de notre génération qu'on le veuille ou non, et à laquelle Christine Angot appartient même si elle ne comprend pas ce mot. S'il a raté sa carrière comme il le dit un brin complaisamment partout, il n'a pas raté son oeuvre - contrairement à cette dernière. Peu connu du grand public, il est adulé ou détesté du petit. On pourrait dire de lui ce que l'on disait du Velvet Underground : il ne vend pas beaucoup de livre, mais chaque lecteur qui en achète un a envie de devenir écrivain. On comprend pourquoi il en a marre que tout le monde le pille sans jamais le reconnaître. Alors, il prend les postures de l'écrivain maudit qu'il est certainement mais qui tournent souvent à son désavantage. Car comme tout le monde, il n'est pas très bon dans l'attaque. Avant que Christine Angot n'arrive, il était plutôt désagréable avec sa nouvelle coupe de cheveux de meilleur de la classe qui dénonce ses petits camarades, retournant assez maladroitement ses questions à Guillaume Durand, et ne trouvant comme seule explication à son "échec littéraire" que celle d'en accuser les media. En vérité, Nabe n'est jamais meilleur que lorsqu'on veut lui faire la peau - quand on  le traite en "juif", comme disait Patrick Besson. Plus hitlérienne que jamais, Christine Angot lui a sauvé la mise. En revenant sur "la casserole" de son sacro-saint antisémitisme et en faisant d'une de ses déclarations une lecture tronquée (ce qui devrait la discréditer à vie), elle lui a donné l'occasion  d'être tel qu'en lui-même - cet écrivain génial qui a changé nos vies (et avec lequel on sera bien sûr le plus ingrat possible). Car ce qu'elle a oublié, Christine, c'est que Nabe est le seul antisémite qui nous faisse aimer les juifs, le seul raciste qui nous fasse aimer les nègres, le seul misogyne qui nous fasse aimer les femmes. Personne comme lui pour parler de Soutine ou de Kafka, de Billie Holiday ou de Malcom X, d'Hélène ou de Diane ! Il rend excitant tout ce qu'il touche, adorable tout ce qu'il évoque, érogène n'importe quel visage de turc en pleurs. Son amour est haineux comme ses enthousiasmes sont cruels, voilà tout. Le jazz aura plus fait pour la cause des noirs que notre repentance d'esclavagistes à la con. Et le féminisme a moins fait pour les femmes que tous les nus de la Renaissance. Voilà comment ça marche, l'art, et voilà comment il fonctionne, Nabe. Son génie est le moins idéologique du monde - sauf précisément quand il décide de faire de l'art avec de l'idéologie. C'est dans la lumière et la joie qu'il est au sommet, non dans "la lueur d'espoir" - l'espoir que ce juif de Spinoza définissait comme la plus triste des passions tristes. L'espoir qui a fait écrire à Céline Bagatelle et les Beaux draps (Muray a tout dit là-dessus), l'espoir qui est toujours, comme la pureté, le credo de toutes les infâmies. L'espoir qui est le péché irrémissible dans lequel Nabe est tombé comme n'importe quel connard. C'est là que je ne peux plus le suivre et c'est là, paradoxalement, où elle pourrait le suivre, la mère Angot. Bons émissaires d'extrême gauche qu'ils sont tous les deux !

    Passons. Nabe et Angot, ce soir-là, c'est la joute d'un fils qui est devenu père et d'une fille qui a décidé de faire des enfants (et des enfants-filles) sans père. C'est une guerre des sexes entre un classique qui croit encore en Dieu et à la filiation, et qui par conséquent ne peut qu'aimer les femmes et les enfants ("tout ce que j'aime dans la vie" écrivait-il dans Alain Zannini, page 609) et une post-moderne qui nie de toutes ses forces la génération, l'âge, l'époque et qui va jusqu'à dire "qu'elle ne comprend pas ces mots". C'est qu'elle ne veut pas être débitrice de tous ceux qui lui ont préparé son chemin, la Christine (elle serait ruinée sinon !) C'est une bataille à mort entre un styliste qui prend son époque à la gorge et une "chroniqueuse" qui prétend sans rire "qu'il est mille fois plus intéressant quand c'est l'époque qui vous prend" !!! On croit rêver ! L'écrivain selon Christine serait donc non plus le témoin (sans pitié) de son temps mais son pur produit ! L'écrivain serait celui qui est d'accord avec son monde, son milieu, sa presse, sa publicité ! L'écrivain serait une publicité de l'époque ! Une Christine Angot ! Bravo la désaxée ! On comprend mieux  pourquoi après c'est si important pour elle d'annuler ce qui l'a mise au monde - à commencer par cette tradition de l'auto-fiction qu'elle n'a fait que suivre dans le sillon de Nabe (et dans laquelle, cela va sans dire mais cela ira mieux en le disant, elle est allée mille fois moins loin que lui) - et de faire croire à tous prix, en bonne pro-actuelle typique, qu'elle est la première à travailler sur la transparence et l'instantané du présent.  S'accoucher sans père - tel est le credo de l' époque dont notre Christine est la reine.  La voilà qui reprocha à Nabe de ne pas avoir rompu avec le sien : "Votre père trouve merveilleux ce que vous écrivez, cracha-t-elle, or, on ne peut pas commencer à être écrivain, sauf Mazarine Pingeot, quand on est dans les traces de son père." La mort du père ! la seule admise, voulue, légiférée par la modernité ! Et bien sûr, le public d'applaudir ! Tous enfants sans père et ravis de l'être, castrés ou excisées sans le savoir ! Le pire, c'est que Nabe a eu l'air destabilisé et s'est retourné presqu'implorant vers Guillaume Durand, tentant de lui faire dire que pour lui aussi et son amour de la peinture son père avait compté. Que ne rétorqua-t-il pas plutôt à Angot qu'elle était en train de faire, elle l'enfant abusée, une projection de son drame sur la condition de l'écrivain ! Et qu'elle incarnait à merveille la femme post eunuque qui n'en peut plus d'être prisonnière de ses propres ovaires. D'autant que pour Nabe, c'est la mère, et non le père, qui est toujours à l'origine de l'écriture - comme il l'écrit à Houellebecq dans la préface du Régal. De la mauvaise bien entendu. La malfaisante, l'abandonneuse, la fouetteuse, la boulimiqueuse, la ravageuse, la possessive, la jocastienne, la juive... Celle qui tue le père dans le fils et la fille et dont il faudra bien un jour parler.

    Non, ce qui s'est passé ce soir-là, c'est la tentative de la femme qui n'aime pas les hommes (même si elle en a) d'annuler l'homme qui aime les femmes (et qui en a), de la castratrice qui ne se rend pas compte qu'elle est excisée, de la femme-sujet qui ne veut plus du tout du Verbe.

     

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