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  • Pour Sarkozy, avec ferveur.

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    Oui, je sais, c’est un nabot qui met des talonnettes pour paraître plus grand, c’est un fayot qui ne conçoit le pouvoir que comme une extension de son pénis, c’est un butor à qui Jacques Martin un jour cassa la gueule  – quoique Cécilia tout de même, CECILIA ! Excusez du peu. On ne fait pas plus méchamment excitante que cette descendante d’Albéniz, scorpionne à mort, hispanique consanguine, et dont le propos obscène sur le sang français qu’elle est fière de ne pas avoir me fouette le mien ! Rien que pour la voir tout le temps, elle, dans les magazines, à la télé, ça vaut le coup de voter pour lui, non ?

    Et puis, il faut aussi savoir jouer un instant le jeu de la « démocratie ». Laisser libre cours à cette défaite de l’intelligence qu’est sa petite opinion. Faire vibrer dans l’isoloir sa doxa  honteuse et triomphante. Etre un citoyen comme un autre obligé de sacrifier sa grande pensée critique au profit d'un candidat forcément moins sublime que celle-ci. Je ne sais pas vous, mais moi je ne peux plus supporter ceux qui font la fine bouche pendant les élections, qui se la jouent sceptico-ironiques, qui donnent l’impression qu’ils ont de l’horizon dans leurs idées. Trop facile de se cabrer dans la critique hautaine du « système » ou dans le rejet cynique des opinions communes. « Quoi, toi l’amoureux des arts et des lettres, tu en pinces pour cet autocrate inculte ?  Quoi, toi, lecteur de Bourdieu et de Derrida, tu vas voter pour cette cruche du Poitou-Charentes ? Comment, toi, le disciple de Guy Debord, tu te mets à croire les fadaises de cette campagne ? Mais tout cela n’est que du marketing politique, mon vieux, de la poudre aux yeux, voilà tout ! Quel naïf tu fais ! Tordant. »

    Ces gens que l’on rencontre partout et qui se croient plus intelligents que leurs candidats naturels – alors que n’importe quel homme (ou femme) politique est plus intelligent(e) qu’eux et les exploseraient dans le débat. Tous ces cons qui pensent « élections pièges à cons » ! Toute ces moutons de Panuge qui commencent par dire « moi, personnellement, je ». C’est souvent ce qui me frappe chez ceux qui critiquent la démocratie. Ils la critiquent au nom de la vérité qu’elle dénie, des opinions majoritaires qu’elle permet, des apparences qu’elle impose, mais comme si elle pouvait être autre chose que la loi des apparences et de l’opinion, comme si surtout elle avait un quelconque rapport avec la vérité ! La démocratie, c’est la loi de la majorité, c’est-à-dire de la vie, et ma foi ce n’est pas plus mal. Car la vie, comme le dit Nietzsche quelque part, se soucie plus de ce qui la préserve que de ce qui la met en danger ; la vie est plus sécuritaire qu’héroïque ou révolutionnaire ; la vie rejette les extrêmes et c’est dans la moyenne des comportements, des situations et des idées qu’elle se niche le plus aisément. Et la sagesse des démocraties est, sauf en cas de crise, de faire en sorte que cette moyenne soit majoritaire – les deux termes devenant d’ailleurs, et au grand dam des puristes, démocratiquement synonymes. Tant pis pour ceux qui rêvaient de révolution ou de restauration, il faudra se faire une raison, renoncer à son platonisme d’état et accepter une certaine médiocratisation de système et de pensée qui au bout du compte arrangera tout le monde, y compris eux. Rien de plus salubre que l'exercice de la démocratie. Ca rabat nos caquets et ça nous remet en place.

    D’abord, elle n’est pas mal du tout cette campagne. La preuve, elle passionne tout le monde.  Renouvellement des têtes de listes. Dissolution de l’ancienne gauche et de l’ancienne droite. Sortie du post-gaullisme. Tentatives d’un blairisme de gauche et d’un atlantisme de droite. Et puis tout de même, un homme de droite qui n'a plus honte de se dire de droite et une femme de gauche en passe de devenir présidente de la république, ça n’arrive pas tous les jours en France. Alors, bien sûr, il y a les couacs habituels, les dérapages, les outrances, et une certaine confusion des mots et des idées – mais c’est normal après tout, en voilà deux qui prennent quand même des risques, qui essayent des choses inédites (la démocratie participative, la discrimination positive) et surtout qui tiennent bon, ce qui exaspère leurs adversaires qu’ils soient de l’autre camp ou de celui des vingtiémistes bloqués dans leurs schémas debordiens. Moi, personnellement, je trouve ça très stimulant ce brouillage des pistes - un Sarkozy qui se réfère à Jaurès, une Royal qui parle d’encadrement militaire, un Le Pen qui va embrasser la banlieue et une banlieue qui va (en partie) voter pour lui ! Et Bayrou qui à force d’être partout et nulle part risque de faire la nique à tout le monde. Non, c’est quand même autre chose que si l'on avait eu Jospin et Villepin ! Dans les quatre cas, il y a de la mutation dans l'air. Sarko, c'est la rupture avec la droite d'antan et l'anglo-saxonnisation de la France, Bayrou, c'est la révolution du centre, les lettres et la terre, Ségo, c'est la féminitude, et Le Pen, comme dirait l'impayable Soral, c'est l'aventure. Sans oublier Besancenot, le meilleur de nos cinq partis d'extrême gauche, dont trois trotskystes - ah l'exception française !

    Donc, pour moi, ce sera Sarkozy. Et avec ferveur. J’applaudis à toutes ses interventions. Je gobe tous ses discours.  J’apprends par cœur toutes ses formules.  Et notamment la dernière, inspirée de Gramsci et citée dans Le Figaro d'avant-hier :  « le pouvoir se gagne par les idées ». Oui absolument – et c’est cela que la gôche ne lui pardonne pas. Pour la première fois depuis cinquante ans, un homme de droite est en train de gagner la bataille des idées. Jusqu'à présent, les politiciens de droite étaient intellectuellement si grotesque (Villiers), lâche (Chirac), suspect (Le Pen), complaisant (Giscard) ou même gauchisant (Bayrou) que les politiciens de gauche, flanqués d'SOS Racisme (sans S comme disait Desproges), pouvaient en faire une bouchée. Or, avec ce satané Hongrois, ils sont tombés sur un os. Il a décomplexé la droite, il a imposé ses valeurs, et il fait avec le Front National ce que Mitterrand avait fait avec le Parti Communiste, l'embrasser pour mieux l'étouffer - bénéficiant en outre du privilège d'être traité de sale immigré par le Paon de Montretout. Normal que les gôchistes soient furax ! Sarko, c'est celui qui fout par terre vingt ans de terrorisme intellectuel. D'où l'ultime rejet qui consiste alors à dire, comme Marianne, que cet homme est fou, schizo, parano, mégalo, dangereux, et qu'il y a en lui de la graine de dictateur. Dangereux pour la défascisation de la vie politique ça c'est sûr, dangereux pour Canal +, certainement, dangereux pour ce communisme du XXIème siècle qu’est l’antiracisme, et comment !

    Et puis, quel rhéteur ! J’adore cette façon qu’il a de pulvériser ses adversaires. Qui mieux que lui a dit leur fait aux Le Pen et Ramadan ? Qui ridiculise la plupart de ses adversaires en face à face ? Son arme, c'est la transparence absolue. Toujours confirmer l'objection qu'on lui oppose - comme une fois face à un journaliste - "et vous n'avez pas peur qu'on dise que vous prenez les électeurs de Le Pen ? - Et vous vous n'avez pas peur que des télespectateurs de Le Pen vous regardent" ? Je l’aime bien aussi quand il parle de spiritualité à Onfray ou de littérature à Angot. De Bayrou à Villepin, il est certainement le politique le moins lettré du lot, et celui dont les amitiés populaires (Jean Reno, Clavier, Hallyday) font rougir ses partisans, mais paradoxalement c’est lui qui plaide le mieux pour la culture, les idées, l'esprit. Nouveau riche dans la tradition française, et donc ayant tout à prouver et sans craindre, puisqu'il vient d'ailleurs, les accusations de nationalisme et de racisme, il plaide pour la France ("à qui il doit tout"), se dit inspiré par De Gaulle et Jean-Paul II, déclare que son personnage romanesque préféré est une femme -  l'Ariane de Belle du Seigneur et s'affirme comme européen conscient des origines judéochrétiennes de l'Europe. Remarquable ! Je signe, je vote, je loue. Je suis gaga je vous dis !

    Oui, la France a en effet besoin d’ « un moment libéral » comme a dit Luc Ferry, oui, on a le droit de travailler tant qu'on veut, oui, il faut réduire les fonctionnaires - surtout si, comme il l'a assuré, on avantage ceux qui restent. C'est ce que je dis à mes collègues pour les rassurer. Et si par hasard il en faisait trop, s'il se révélait plus méchant que prévu, pas grave, on le remerciera dans cinq ans et le gouvernement suivant n’aurait qu’à changer les choses. C’est aussi pour cela que la démocratie est plaisante. On peut défaire ce qui a été fait. Sauf qu'en général, on préfère entériner les réformes un peu dures (les retraites), car n'est-ce pas, c'est toujours cela de fait.

    Pour le reste, atlantiste, philosémite, européen, anti-turc, contre l’adoption d’enfants par les homosexuels, tout me va - même le karcher. Au fond, la seule chose je crains, c’est qu’il ne fasse pas assez. Qu’il se révèle un opportuniste, impuissant et versatile (le mauvais côté du Verseau),  un second Chirac.

    En attendant, même le mal qu’on dit de lui me plaît. Avec son numéro de psychopathologie avancé, Marianne aura plus fait pour Sarkozy que n'importe quel numéro du Figaro. Son narcissisme aigu (« si je n’existe pas, il faudrait m’inventer » a-t-il osé dire hier soir lors de son dernier meeting à Marseille), ses colères d'enfant blessé, ses "cicatrices" à la Harry Potter qu'il exhibe partout, sa vulnérabilité d'où il tire sa force (plus on l'attaque, mieux il s'en sort), son indéniable pouvoir de séduction qu'Aude Lancelin dans Le Nouvel Observateur met sur le compte d'une perversité naturelle ("transgresser et punir" titre-t-elle), mais aussi sa perpétuelle prise de risque, sa volonté de ne pas être consensuel même dans son camp (et l’on pourrait en dire autant de Ségolène) qui fait que même s'il dit une connerie, il va jusqu'au bout de sa connerie, ce qui impose toujours plus le respect que de se rétracter vertueusement, « son agilité de funambule » comme le dit si amoureusement Denis Tillinac dans Valeurs actuelles, son courage prouvé - de tous les politiciens actuels, il est le seul à avoir dans ses bagages sa panoplie de super-héros depuis la prise d'otages de Neuilly. Ce qui fait dire dans le même journal à une autre psy qu'entre Human Bomb et les casseurs qu'il n'a cessé d'affronter, sans oublier les islamistes chez qui il allait faire des discours, prévoyant de se faire huer,   "il y a chez lui une sorte de flirt permanent avec la mort violente" - et qui, conclut assez justement la journaliste, risque de faire peur aux électeurs. Car tout de même, un maniaco-dépressif à l'Elysée... Il n'y a que les maniaco-dépressifs comme moi qui s'en réjouissent !

    D'ailleurs, sauf s’il a Le Pen en face de lui, il ne sera pas élu. Et pour des raisons aussi obscènes que celles que ce dernier a avancé. Pas assez français, le Sarko. Pas assez terroir. Pas assez consanguin. Mais « Hongrois », pour ne pas dire d’origine juive - l’histoire du gène risque de se retourner contre lui, le malheureux !  (sans compter le gène antisémite français qui n’a pas fini de faire parler de lui). Pas assez régalien non plus, ni jacobin, ni centralisateur, ni monarchiste. Pas assez « papa » pour tout dire. Qu’est-ce que c’est que ce tuteur étranger qui viendrait bousculer les banquets gaulois – et qui en plus ne boit jamais d’alcool ? Non, face au béarnais ou à la poitou-charentaise, Sarkozy n’a aucune chance.  Les Français se donnent des royaux depuis De Gaulle et pourraient même là se donner une royale. Ségolène, c’est Jeanne d’Arc, Super Nanny, la Vierge Marie et la fouetteuse de François, c’est surtout la Marianne à laquelle elle correspond physiquement et dont toute la France rêve. A la fois lénifiante et sermonneuse,  cajoleuse et castratrice, pratiquant le chantage affectif comme nulle autre pareille et ayant, comme le dit Michel Schneider dans La confusion des sexes, la haine moderne et régressive du sexe. Avec elle comme présidente, on risque de ne pas rigoler tous les jours, même s'il paraît qu’elle ne finirait pas son mandat. Si si si, ce sont des voyantes qui l’ont dit chez Yves Calvi il y a un mois.

    Alors ce 22, un nouveau 21 ? Certes, l’ineptie des appels au vote utile risque encore de profiter à Le Pen – comme si le vote utile était un facteur d’excitation pour les gens (cf l’Europe). Le suffrage universel direct, ça sert à exister enfin, c’est-à-dire à faire chier. Et si les Français veulent faire chier leur monde, et surtout les jeunes dont on sait que le FN  est chez eux le premier parti, ils voteront Le Pen dont c’est la dernière ! Mais c’est difficile d’y croire. Ce dimanche-ci, entre les gôchistes échaudés du dernier premier tour et le gang bobo des « TSS » (Tout sauf Sarkozy), tout le monde ira voter et avec acharnement. La vraie inconnue se jouera entre Bayrou et Royal. Et si l'un des deux passe, le béarnais surtout, je ne donne pas cher de mon cher candidat.

    Allez hop, du Stalker à Cinématique, de Slothorp à Raphaël, d’Alina à Joseph, du Transhumain à Tlön, d’Ornithorynque à Anaximandraque, de Mithqal à Jugurta, je veux que vous me disiez pour qui vous allez voter. Et sans honte ! Même les frères Casenlarose (qui s’apercevront un jour, les pauvres, que c’est toute la France, sinon le monde entier, qui est consanguin et que plus on nie cette tendance, plus on l’aggrave…) et l’anar Serge Rivron, sont conviés. Allez, viendez, viendez tous jouer avec moi…

    Et pour ceux qui ne savent pas encore pour qui ils vont voter ou ne veulent pas comme ça violer le secret de l'isoloir sur un blog aussi névrotique que le mien, voici ce test du Monde qui peut les éclairer ou non :

    http://www.lemonde.fr/web/vi/0,47-0@2-823448,54-885760,0.html

     

     

     

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