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  • MACBETH ou la double peine

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    S’il y avait une chose à retenir de La Tragédie de Macbeth, ce serait celle-ci : faire le mal ne fait pas de bien. Faire le mal fait souffrir. Faire le mal est une horreur, horreur, horreur, d’abord pour soi. Aucun méchant n'aura autant souffert que ce pauvre Macbeth. Lear aussi souffrait beaucoup mais sa souffrance était celle d'une rédemption, d'une réconciliation – alors que celle de Macbeth est celle d'une damnation. Et tout cela parce qu'il croit au destin, c'est-à-dire au diable, aux sorcières – et accessoirement à sa femme. On ne dit pas assez que les héros shakespeariens sont de grands nigauds que l’on mène par le bout du nez :  Macbeth, Lear, Othello.... Le seul qui n'est pas naïf, c'est Jules César qui n'a cure des « ides de Mars » et fait fi du rêve de sa femme. Mais lui aussi est massacré. C’est qu’il n’y a pas de « système » moral shakespearien, juste du chaos et du désordre, des contraires et des contrariétés, du déterminé et de l’indéterminé, du fatum et de la liberté – et c’est ce qui rend Macbeth si tragique. Plus que tout autre héros (j’allais dire « victime ») shakespearien, le malheureux aura été broyé par le sort autant que par lui-même. Macbeth ou la double peine.   

    Comme le dit Daniel Sibony dans son magnifique Avec Shakespeare, Macbeth est « l'homme confondu par son destin ». Sous prétexte d’une prophétie, il se croit obligé d'accomplir celle-ci, de forcer son action, de précipiter sa gloire. On lui a dit qu'il serait roi, il met tout en oeuvre pour le devenir et dès lors le devient presque malgré lui. Plus aucune distance entre son devenir et lui, entre le dit et le fait, entre l'ici-bas et l'au-delà. Tout va aller trop vite (la pièce est l’une des plus courtes de Shakespeare) car tout va coïncider avec tout, tout va devenir même – vie et mort (les spectres), désir et réel, beau et laid. « Le beau est laid, le laid est beau », avertissent les sorcières dans la première scène, terrifiant credo d’un monde qui se confond avec l’immonde. Et lui-même, à sa première réplique, lance : « Je ne vis jamais jour plus beau ni plus laid que ce jour-ci ». Autant dire qu’il est prêt à l’enfer de l’immanence pure – à une vie sans écart, une vie à la lettre.

     

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