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  • IF... - Le temps bienheureux des châtiments corporels, par "Armand Chasle"

    650121082.jpgCette année-là, de Gaulle quittait le pouvoir, le Concorde faisait son premier vol, Hara-Kiri sortait son premier numéro, l’homme marchait sur la lune et tout le monde pensait qu’un an après les « événements de mai », ce serait la ruée au vote extrême gauche lors des prochaines élections. Mais c’est Pompidou qui succéda à De Gaulle, puis Giscard à Pompidou. La jeunesse révolutionnaire était bien décevante. A moins que les barricades, les pavés, le coup de poing avec la police ne furent jamais qu’un rêve. Ah si l’on avait vraiment pu changer la vie…

    Hélas ! Depuis qu’elle a vraiment changé, la vie, on ne peut plus se rebeller ! Et l’on se met à regretter ce doux temps de la répression où l’on nous fouettait et où l’on pouvait se rebeller contre les fouetteurs ! Que voulez-vous faire aujourd’hui ? Maternante, prévenante, indulgente, complaisante, l’époque a fait de nous des Tanguy qui rêvent d’être des Harry Potter – des fils à maman qui rêvent d’être des héros de collège anglais. A revoir If… de Lindsay Anderson, le film emblématique de ces années-là, et le seul qui restera de son auteur, l’on reste frappé des similitudes avec les films tirés de la saga de Jeanne Rowling. Les profs sévères et bizarres, le bon directeur, les conflits entre « maisons », le pouvoir des Préfets (surnommés « fouets » dans le film d’Anderson), le discours de rentrée, la distribution des prix de fin d’année, les insignes traditionnels de l’université, les coupes des championnats entre écoles, etc. La grande différence, « générationnelle », est que si Travis (génial Malcolm Mcdowell) et ses amis (et nous allions dire ses drougies tant le film d’Anderson semble sur bien des points annoncer Orange Mécanique) rêvent de renverser le système et quitter l’école, Harry et les siens ont comme première inquiétude d’être renvoyés de la leur ! Poudlard, c’est le paradis même si Rogue en fait partie ! Et d’ailleurs que n’apprendrait-on pas sur la vie, la vérité et les apparences, s’il n’était pas là !

    De toutes façons, comme le dit Nicolas Sarkozy à Michel Onfray dans le dernier numéro de Philosophie magazine, « la liberté, c’est de transgresser ». A quoi le volcaniste hédoniste répond paradoxalement que lui n’aime pas la transgression et qu’ « il devrait y avoir peu de règles, mais qui puissent être respectées, non pas transgressées. » Eh oui ! Le conservateur est celui qui adore les interdits autant que les transgressions, qui n’est jamais aussi heureux que lorsqu’il a désobéi à une règle, qu’il chérit par ailleurs, et qu’on le punit pour ça - alors que le libertaire, le vrai, ne cherche qu’une permissivité autoréférante où la liberté ne se définit plus par rapport aux entraves. Et de fait, If… apparaît aujourd’hui comme un fantasme d’époque qui alimente plus les fantasmes à nous d’anti-modernes que ceux des véritables modernes et fiers de l’être.

    Fantasmatique est en effet le terme qui convient le mieux à ce film dont le réalisme est sans cesse altéré par des scènes oniriques qui plus de trente-six ans après gardent leur caractère d’étrangeté : la virée en moto des deux compères, le coït sauvage entre Malcolm Macdowell et Christine Noonan qui ne dure qu’un plan court mais qui dut chavirer nombre d’adolescents de l’époque, le dortoir des garçons vide que visite toute nue la vieille fille de l’ école, l’équivoque servitude de Bobby Philips (Rupert Webster qui me ferait douter de mon hétérosexualité) le garçon androgyne qui sert les « fouets » mais sera du camp de Travis, la fusillade finale enfin, tellement chargée de sens symbolique qu’on en vient à se demander si elle ne se déroule pas uniquement dans la tête du héros. Tout n’est que supposition hypothétique dans If…Et les morts qui jonchent le sol à la fin n’ont pas l’air vrai. Après tout, le pasteur qu’on a fait semblant de tuer lors de l’entraînement militaire ne repose-t-il pas dans une étagère que l’on ouvre quand on veut le saluer ? Il y a du Pays des Merveilles dans ce sévère collège.

    Non, la seule scène vraiment terrifiante car réaliste est celle de la flagellation des trois amis par les préfets. On retiendra longtemps les coups de baguette qui raisonnent dans tout l’établissement réalisant ainsi l’utopie, dénoncée par Foucault dans Surveiller et punir, d’un panoptisme sonore. Et dans les classes, le lent travelling sur les élèves qui retiennent leur souffle à chaque coup et l’un d’entre eux qui observe au microscope des microbes en train de se former. La vie qui continue malgré le supplice. Inoubliable.

     

    (Cet article est paru dans le hors-série n°2 SPECIAL FESTIVAL DE CANNES de la Revue du cinéma d'avril 2007)

     

    Et pour les amateurs et trices de ce film superbe :

    http://www.youtube.com/watch?v=j-rKnqV-ueU&mode=related&search=

    http://www.youtube.com/watch?v=A_jXxHeVpMQ&NR=1

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